Pascal Renier : " Tomislav Ivic connaissait le football sur le bout des doigts"

Le 16 03 2020 à 19h52

En marge du match annulé entre le Standard de Liège et Zulte Waregem, nous sommes allés à la rencontre de Pascal Renier ayant porté les deux maillots.

Pascal Renier est un ancien international belge ayant participé à la Coupe du monde 1994 avec la Belgique. S’il est surtout connu pour son passage au FC Bruges où il y a remporté le doublé coupe-championnat en 1996, il a aussi côtoyé le Standard de Liège et Zulte Waregem. A l’occasion du match annulé entre ces deux dernières équipes, il revient sur sa carrière. 


Bonjour Pascal, tu as largement connu le football belge dans les années 90. Qui dominait la ligue en ce temps ? 

Bruges et Anderlecht dominait la Pro League dans les années 90. 


Comment vois-tu la présence de plus en plus accrue des clubs belges sur la scène européenne ? 

Je crois qu’on a affaire à une bonne génération et ça a donné un boost dans notre football, évidemment. Il y a de plus en plus de petites nations qui arrivent à être au niveau, dont la nôtre. 


Penses-tu que Bruges peut créer la surprise face à United en Europa League ? (moment de l’interview)

Oui, c’est possible. Bruges qui joue contre Manchester, Gent joue contre l’AS Roma. Les clubs sont armés pour créer la surprise. Ce sont des championnats difficiles, il faut être d’un bon niveau ici pour s’imposer.


Tu as brièvement connu la légende Eric Gerets, que peux-tu nous dire sur lui ? 

Eric Gerets, je l’ai connu très peu. Il est arrivé à Bruges, je suis parti quelque mois au Standard après. J’ai été opéré d’une pubalgie et je suis parti à Liège. Il est très proche de ses joueurs et dégage une autorité naturelle. On a vraiment envie de se donner à 100% pour lui. Il est très direct et je crois que c’est sa grande force. 


Quand tu es joueur, tu as envie de te donner à 100% pour Eric Gerets


T’a-t-il parlé du Standard de Liège ? 

Il m’a demandé si je voulais vraiment y aller. Il m’a prévenu que les supporteurs sont très chauds au Standard. Une direction se mettait en place à l’image de Luciano D’onofrio. Il m’a parlé de la mentalité au niveau des joueurs très imprégné du club. 


Gerets m’avait prévenu que les fans du Standard étaient très chauds


Tu as connu Tomislav Ivic, coach emblématique et grand tacticien. Que peux-tu me dire de lui et de ses préceptes de jeu ? 

En tant que personne c’était quelqu’un de très attachant. La première fois que je l’ai vu, j’ai été très étonné car malgré son âge avancé, il n’arrêtait pas de faire des blagues. Je l’ai rencontré à l’hôtel à Liège, il ne parlait pas beaucoup de football et j’étais un peu surpris. J’en ai parlé à Lucien D’onofrio et ce dernier m’a répondu, « tu vas voir, c’est l’un des meilleurs entraîneurs que je connais ». Je suis arrivé avec lui au Standard et j’ai découvert un homme qui connaissait le football sur le bout des doigts, qui était en avance sur son temps et qui savait très bien mettre une équipe en place pour avoir des résultats et puis un coach extrêmement exigeant mais en tant que personne, c’était vraiment quelqu’un de rare. 


Tomislav Ivic connaissait le football sur le bout des doigts


Tu as croisé la route de Van Buyten, la légende belge. Un mot sur lui ? 

On n’a pas joué ensemble. J’ai joué contre lui avec le Standard. Il était milieu droit et j’étais arrière gauche et c’est après où il est devenu défenseur central. C’est un énorme bosseur. A Marseille, il s’est retrouvé avec des joueurs expérimentés comme Franck Leboeuf avec lui et à partir de là, il a pu développer tout son talent. 


C’est aux côtés de joueurs comme Leboeuf que Van Buyten a pu développer son talent


Vedran Runje est aussi connu au Standard. Comment était-il avec les Rouches ? 

Vedran c’était quelqu’un d’assez calme sur le terrain. On avait quelqu’un de sûr derrière nous, on pouvait compter sur lui. Même dans la vie de tous les jours, j’ai toujours eu de très bonnes relations avec lui. 


Tu pouvais compter sur Vedran Runje sur et en dehors du terrain 


Tu as aussi la particularité d’avoir connu le RFC Liège. Parle nous de club, désormais en reconstruction.

C‘était un club emblématique. Quand j’ai connu Liège on a fait des matchs de coupe d’Europe. J’étais arrivé au milieu de vieux briscards et puis la saison d’après, beaucoup sont partis à Anderlecht et puis je suis parti du côté de Bruges. C’est un club qui a connu des problèmes financiers. C’est toujours un club qui a énormément de supporteurs et j’espère qu’il remontera les échelons. 


Comment s’est passé ton transfert à Liège ? 

J’étais blessé les trois derniers mois de la compétition et c’est en fin d’année que Bruges m’a dit qu’ils avaient reçu le coup de fil d’un gros club belge : « on va voir si cela est possible et on t’en parlera ensuite ». Je suis parti en vacances et c’est là où Bruges m’a appelé pour me dire qu’ils s’étaient mis d’accord avec le club et que j’avais un mois pour me décider. Je suis revenu de vacances, j’ai donné mon accord au club et j’ai passé la visite médicale avec succès. 


Hugo Broos est un gentleman avec un charisme naturel 


Hugo Broos t’a donné ta chance, tu as forcément dû avoir des relations particulières avoir lui, non ?

Hugo c’est lui qui m’a lancé au club de Bruges, j’ai toujours eu un bon contact avec tous mes entraîneurs et j’ai eu la chance qu’il m’emmène avec lui et puis c’était un stoppeur comme moi. La deuxième année, il m’a donné ma chance et je l’ai saisi à pleine mains. Hugo c’était un gentleman, il avait un charisme naturel, il savait comment faire jouer son équipe et puis on a connu de grands moments. 


Tu pars à la Coupe du monde 1994, au pays du soccer. Une fierté, j’imagine. Raconte nous.

Ca a été une très belle expérience. J’étais le plus jeune du groupe, j’avais fait une saison pleine avec le club de Bruges. J’ai été appelé par Paul Van Himst, c’est lui qui m’a annoncé aussi que je faisais partie du groupe à l’image de 5-6 autres Brugeois. 


Marc Wilmots se battait sur un terrain comme si sa vie en dépendait 


Marc Wilmots était l’attaquant à l’époque, non ? 

Marc jouait au Standard à l’époque, je crois. C’était quelqu’un qui ne lâchait rien sur un terrain comme vous avez dû le voir à Bordeaux. Il a aussi laissé d’excellents souvenirs en Allemagne. Il se bat comme si sa vie en dépendait et puis il a été déterminant pour l’évolution du football belge. 


Il me semble avoir lu quelque part que tu as déjà été suivi par les Girondins de Bordeaux, est-ce vrai ? 

Un jour à Bruges, le directeur sportif de l’époque lisait le France Football et il est descendu avec le magazine. J’étais mis dans les potentiels arrivées à Bordeaux. Il me demande si c’est vrai mais je n’ai jamais eu de contacts concrets avec le club. 

J’ai eu l’occasion d’affronter le club avec Troyes. J’ai été impressionné par ce long tunnel qui n’en finit pas. Une ambiance extraordinaire. Les supporteurs chantaient tout le match et il y avait une super ambiance. C’est un club pour lequel j’aurais dit oui sans hésiter, c’est clair. 


Les Girondins de Bordeaux sont un club pour lequel j’aurais dit oui sans hésiter 


Crois-tu qu’une ligue fermée des meilleurs clubs entre l’Eredivisie et la Pro League soit possible ? 

Cela pourrait être intéressant mais cela sera compliqué de le faire. Ça veut dire qu’il va falloir déterminer qui sont les gros clubs dès le départ, savoir si les Hollandais sont ok pour le faire et c’est loin d’être le cas, il y a aussi un gros manque d’infrastructures chez nous. Je pense notamment à Bruges qui n’arrive toujours pas à avoir tous les apports pour construire son nouveau stade. Je pense que c’est une bonne idée mais ce sera très difficile de la mettre en place. 


La fusion entre l’Eredivisie et la Pro League est une bonne idée mais difficile à réaliser


En France, de plus en plus de clubs regardent en Pro League, comment l’expliques-tu ? 

Je pense que c’est un peu comme la mode, on va chercher des joueur dans un pays puis dans un autre. Tous les joueurs qui viennent de Belgique ont toujours été au niveau. Mais il faut savoir que pour Osimhen, il a été d’abord refusé à Bruges puis à Zulte Waregem car il y avait des soucis au niveau de son état physique. En fait, Charleroi a décidé de le prendre avec beaucoup de précautions. Maintenant, il est sur sa lancée avec le LOSC avec l’appui d’un excellent coach pour qu’il puisse s’exprimer. 


Osimhen a été refusé de Bruges et de Zulte à cause de son physique 


Penses-tu que les Diables Rouges peuvent décrocher un titre international ? 

C’est indéniable, il y a eu un bon travail d’effectué mais il va falloir décrocher un titre avec une génération pareille, sinon il n’y aura que des regrets. 


Tu as aussi porté le maillot de Zulte à la fin de ta carrière. Comment vois-tu l’évolution du club ? 

Zulte, c’est un club que j’ai connu quand j’étais sur la fin. C’est Francky Dury qui m’a attiré avec qui j’ai gardé d’excellents contacts. Je les ai épaulé avec des joueurs très intéressants. C’est un club qui se modernise, qui est en train de refaire son stade et qui a un super centre d’entrainement. Je pense que c’est un club qui va s’installer durablement dans le top belge. 


Zulte Waregem est un club qui va s’installer durablement dans le top belge


Tu es agent actuellement, tu prépares le mercato j’imagine ? 

Le mercato estival est le plus important. Il y a un vent nouveau qui est en train de souffler sur la Belgique et je discute actuellement avec des avocats ici pour bâtir quelque chose de solide. 


Merci Pascal 




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L'auteur

Jean-Aurel Chazeau

Fondateur Leero Sport News et juriste en herbe rêvant comme un gosse devant les passements de jambes de Roni, pense toujours qu'Edixon Perea aurait pu jouer dans un top club.

@J_AurelChz | jeanaurelchazeau.com

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