Jean-Jacques Missé Missé : "Robert Waseige mettait l’accent sur le travail et la concentration."

Le 06 03 2020 à 10h45

Jean-Jacques Missé Missé ancient attaquant du Sporting Charleroi et international camerounais évoque l'évolution des Carolos, le Standard de Liège et sa carrière.

A l’occasion de la deuxième partie de son jubilé le 2 mai prochain, Jean Jacques Missé Missé, ancien attaquant du Sporting Charleroi auteur d’une quarantaine de buts en trois saisons avec les Carolos et international camerounais revient sur le match de ce dimanche face aux standardmen. 


Bonjour Jean-Jacques, pourriez-vous nous expliquer la formation camerounaise à votre époque ? 

On a eu Louis de Gonzague Atangana, un ancien arbitre qui a développé aussi le football féminin et qui a découvert beaucoup de jeunes aussi. Beaucoup sont passés par le Canon Yaoundé qui s’appuyait sur les jeunes des universités. En 1972, le président du Cameroun demande au ministre de mettre en place un plan via les établissements et d’avoir chacun un terrain de sport. C’est de là que partent les jeux scolaires-universitaires d’où beaucoup de talents sont sortis. 


Raymond Fobété faisait un travail énorme pour la sélection 


Comment se passait la vie avec l’équipe nationale à l’époque ? 

Nous quand on voyageait, on passait toujours par Paris car il n’y avait pas de vol direct ce qui fait que l’ancien directeur sportif Raymond Fobété faisait un travail énorme en faisant faire pour chaque joueur des visas d’une année. Il allait dans chaque ambassade suivant le calendrier pour nous faire faire les modalités administratives. Quand je me blesse avant la Coupe du monde, je n’avais pas besoin de refaire tous les visas car c’était déjà fait. Et puis, on savait aussi qui allait être appelé dans l’équipe nationale sauf quelque joueurs. Il y avait une ossature.


Robert Waseige mettait l’accent sur le travail et la concentration.


Vous arrivez en Belgique et rapidement au Sporting Charleroi où Robert Waseige vous prend sous son aile. Qui était Robert Waseige ? 

C’était un homme qui mettait l’accent sur le travail, beaucoup de travail et la concentration. Il était très fort sur l’aspect psychologique aussi. Quand vous sortiez de son bureau, vous aviez envie de jouer le match tout de suite. On a travaillé à Charleroi et Sporting de Lisbonne. 


J’ai toujours eu de bonnes relations avec Robert Waseige. 


Justement au Sporting, cela se passe moins bien pour vous, pourquoi ? 

Oui, on était 38 dans le vestiaire, il y avait beaucoup de malaises notamment avec Otavio Machado qui torpillait le travail de Waseige. Cet adjoint allait au restaurant avec certain joueurs qui ne jouaient pas. Les gens disaient que j’avais été propulsé là uniquement grâce à Waseige mais j’ai commencé à jouer quand il est parti. C’était une façon peut être d’annihiler son travail. Il a essayé mais je connaissais l’homme donc il ne pouvait pas créer de polémique entre Robert Waseige et moi. Nous avons gardé ensuite de très bonnes relations. 


A l’époque au Cameroun, il y avait des joueurs comme Weah, Abbrey, N’Doram…


Est-ce que vous avez réellement découvert le haut niveau avec Charleroi ? 

Avant que je vienne à Charleroi, j’avais déjà l’expérience internationale avec l’équipe nationale mais aussi, une solide expérience acquise dans le championnat local. Dans le championnat camerounais à l’époque, il y avait de sacrés joueurs comme George Weah, Koffi Abbrey et Japhet N’Doram…


Vous les voyez toujours ? 

On se croise mais j’aime bien la discrétion aussi.


Charleroi devrait jouer les places européennes chaque année. 


Comment voyez-vous l’évolution de Charleroi ? 

Charleroi devait passer un cap. Nous avons d’ailleurs joué des matchs de Coupe d’Europe, ce qui aurait dû aider à son évolution. Mais quand on vend 5-6 joueurs, il faut tout recommencer la saison d’après. Maintenant, ils sont conscients, avec un grand public qui ne demande qu’à ce que le club grandisse. Pour moi, le club devrait jouer les places européennes chaque saison. Quand on vend des joueurs, il faut déjà savoir par qui on les remplace. C’est une question d’anticipation.


Avez-vous déjà été contacté par le Standard dans votre carrière ? 

J’ai été contacté par Anderlecht quand Verschueren était là mais pas par le Standard. 


Michel Preud’homme fait un travail formidable


Que pensez-vous du travail de Michel Preud’homme ? 

Michel a toujours fait un travail formidable. Partout où il est passé, il a aussi eu de la réussite mais il a cette faculté de savoir parler à ses joueurs. Ce n’est pas parce qu’on a joué au football qu’on sait entraîner. Il est très pédagogue et je salue son travail. 


On ne savait pas quel était le meilleur pied de Eric Van Meir 


Vous avez joué avec un standarman, Eric Van Meir. Un sacré joueur, n’est-ce pas ? 

L’avantage d’Eric c’est que les gens ne savait pas s’il était droitier ou gaucher, il jouait très bien de la tête aussi. Il pouvait jouer au milieu ou en défense central. Mais plus largement, à l’époque à Charleroi, il y avait une équipe de gens responsables. De leurs performances mais responsables aussi du club pour qui ils jouaient. Je pense à des personnages comme Malbasa, Janevski, Moury, Rasquin… L’entraîneur n’avait pas besoin de nous remettre sur le droit chemin, nous-mêmes, nous nous rassemblions pour se dire ce qu’il n’allait pas et après nous allions manger un bout ensemble et ça repartait. 


Collins Fai est constant dans ses performances, c’est un battant. 


Que pensez-vous du travail de Collins Fai ? 

J’ai regardé quelque matchs du Standard. Collins fait un très bon travail quand il n’est pas blessé. Il est constant et passe rarement à côté de ses matchs. Il a une très bonne mentalité et c’est un battant.


L’Atletico Madrid voulait me recruter mais au final, ils ont préféré Pantic. 


Avez-vous déjà été approché par la Ligue 1 ? 

A l’époque, je devais aller à Nancy quand Boloni était là-bas mais ça ne s’est pas fait. Et puis quand Leekens était arrivé, il a refusé mon transfert vers Strasbourg disant que je représentais 50% de l’attaque du Sporting Charleroi ce qui n’a pas plu à certain. L’Atalanta et l’Atletico aussi. Je m’étais même déplacé à Madrid mais ils ont finalement fait venir Pantic et cela en est resté là. Je suis donc parti à Lisbonne. 


Osimhen joue avec sa tête et prouve qu’il a du talent en s’adaptant n’importe où. 


Que pensez-vous de Osimhen, l’attaquant de Lille passé par Charleroi ? 

C’est la preuve que quand on a du talent on peut s’adapter n’importe où. Quand on joue avec sa tête, ça passe plus facilement. Lille a compris sa façon de jouer et la mayonnaise a pris. Après, est-ce que dans un autre club, ça marcherait aussi bien ? C’est aussi une question d’alchimie avec les autres partenaires. J’ai d’ailleurs une anecdote à ce propos, quand j’étais au Sporting et que Sa Pinto faisait des crochets et qu’il ne passait pas le ballon, il était difficile pour moi de marquer.


Je serais heureux d’aider Charleroi dans leur recrutement. 


Aujourd’hui, vous connaissez parfaitement le terreau camerounais. Recruteur pour Charleroi, cela vous plairait ? 

Oui bien sûr ! Si Charleroi m’appelle, je serais heureux de pouvoir les aider. Il y a beaucoup de talents mais les recruteurs ne vont pas forcément dans les bons endroits et je les connais. C’est en passant dans la rue qu’il faut regarder car tous n’ont pas la chance de jouer dans un club et puis il y a une mafia autour des jeunes joueurs ici et ça je n’accepte pas. 


Qu’avez-vous envie de dire aux supporteurs qui ne vous ont pas oublié ? 

Ils nous ont supportés, insultés quand ça n’allait pas mais nous on prenait ça comme des encouragements, ça faisait partie du processus. Quand le stade était plein, on se battait pour eux car le football est un jeu. J’ai toujours été là pour m’amuser. Il y a des matchs que j’ai joué, je ne savais même pas contre quels joueurs j’allais jouer. C’est dire comme le football a évolué. Aujourd’hui, le football est une machine à fric, je ne sais pas si les joueurs vont jouer plus de quinze ou vingt ans vu le rythme. 


On se battait pour les supporteurs car le football est un jeu. 


Merci Jean-Jacques !

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L'auteur

Jean-Aurel Chazeau

Fondateur Leero Sport News et juriste en herbe rêvant comme un gosse devant les passements de jambes de Roni, pense toujours qu'Edixon Perea aurait pu jouer dans un top club.

@J_AurelChz | jeanaurelchazeau.com

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