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Joel Corminboeuf : « Si Loris Benito joue arrière gauche, c’est que l’entraîneur pense qu’il a le niveau »

Le 24 02 2021 à 18h30

L’ancien gardien de but de Xamax évoque les accointances entre Bordeaux et la Suisse

Véritable légende du football suisse après son passage remarqué à Neuchâtel Xamax à la fin des années 80 puis Strasbourg en Ligue 1, Joel Corminboeuf évoque son actualité, le Servette FC et les Girondins de Bordeaux.  


Que pouvez-vous nous dire sur Daniel Jeandupeux que vous avez eu en sélectionneur, et quelle est sa réputation en Suisse ?


Comme sélectionneur, il était avant-gardiste. On avait déjà un psychologue du sport dans le staff, on avait aussi un acupuncteur qu’on devait utiliser en cachette car les médecins traditionnels n’étaient pas d’accord. Puis dans ses tactiques avant les matchs, il osait toujours. Il n’avait pas peur et c’est le mot qui le décrit le mieux : “avant-gardiste”.


Daniel Jeandupeux était avant-gardiste 


Comment tes premières sélections se sont passées ?


La Suisse à cette époque avait été éliminée de toutes les coupes. Du coup, pour une Coupe d’Europe en Allemagne, toutes les grosses nations ont joué la Suisse pour s’entraîner. Le sélectionneur a décidé de m'appeler pour avoir du temps de jeu en équipe nationale et j’ai eu la chance de jouer toutes les plus grandes nations européennes.


 J’ai eu la chance de jouer toutes les plus grandes nations européennes


Lors de la Coupe des clubs champions en 1987-88, vous jouez contre le Bayern Munich de Lothar Matthäus et perdez de peu au match retour. Que s’est-il passé ?


On a fait un match très sérieux à l’aller ou on tient le Bayern durant lequel j’ai même pu arrêter un pénalty de Lothar Matthaus. Malheureusement au match retour ça ne se passe pas comme on l’avait prévu. On tient encore une fois mais en fin de match on se prend un but et en essayant à tout prix d’égaliser on s’en prend un deuxième. Finalement, le premier but nous avait achevé. Déjà, on a eu la chance de faire cette expérience avec Neuchâtel Xamax de jouer contre de très gros joueurs dont beaucoup étaient sélectionnés avec la Mannschaft.


J’ai arrêté un penalty de Lothar Matthaus en coupe d’Europe.


Est-ce que vous pouvez expliquer ce qu’est la Coupe des clubs champions pour les jeunes qui nous lisent ?


C’était l’équivalent de la Champion’s League aujourd’hui sauf qu’à l’époque, seuls les champions de chaque championnats y participaient et c’était la même chose pour la Coupe des vainqueurs de coupes (les vainqueurs de coupe nationale ndlr). C’était très prestigieux d’y participer et en plus d’affronter des équipes comme le Bayern Munich. Et la Coupe UEFA de l’époque est un équivalent de l’Europa League aujourd’hui.


On pouvait tomber contre de très gros morceaux dans chacune des compétitions européennes


Vous qui avez joué plusieurs fois ces Coupes, pouvez-vous nous dire laquelle était la plus compliquée à votre époque ?


On pouvait tomber contre de très gros morceaux dans chacune des compétitions européennes. C’est ça qui rendait ces coupes si difficiles à gagner. Parfois il y avait des surprises dans la Coupe des vainqueurs de coupes avec un petit club qui avait fait l’exploit l’année d’avant. 


Comment un club tel que Neuchâtel Xamax a pu faire un tel exploit alors ?


C’est une époque où la première division suisse était plus imposante qu’aujourd’hui. À Neuchâtel, on avait beaucoup de bon joueurs qui venaient d’arriver donc l’équipe était plus forte mais les autres clubs suisses étaient tout aussi forts. Il y avait le FC Lausanne et le Servette FC qui prétendaient sérieusement au titre. On arrivait à faire venir des joueurs en fin de carrière mais qui apportait un plus à l’équipe. On avait un staff très investi à Neuchâtel aussi qui donnait tout pour le club. J’ai ensuite basculé dans un nouveau monde football beaucoup plus médiatisé.


Le FC Lausanne et le Servette FC qui prétendaient sérieusement au titre dans les années 80


Vous avez aussi joué à Strasbourg avec une très belle équipe, qu’est-ce que vous pouvez me dire sur cette équipe ?


Oui, il y avait beaucoup de bon joueurs lorsque j’ai joué à Strasbourg comme Franck Leboeuf, Philippe Thys, Ivan Hasek ou bien Marc Keller qui est aujourd’hui président du RC Strasbourg. C’était quelqu’un de très calme, posé qu’on retrouve maintenant dans son tempérament de président. Quand on regardait les autres équipes on n’avait pas l’impression d’en être une. Mais on avait un collectif impressionnant, une équipe soudée.


Le Racing Club de Strasbourg avait un collectif impressionnant, une équipe soudée


Vous avez d’ailleurs affronté Gaëtan Huard, à l’époque gardien très réputé des Girondins, pourquoi était-il si particulier ?


C’était un gardien réfléchi, c’est très impressionnant. Contrairement à d’autres gardiens qui peuvent jouer dans la précipitation, il était toujours serein et donnait à l’équipe un gage de sécurité et de sérénité.


Gaetan Huard était un gardien réfléchi, c’est très impressionnant


Vous avez retrouvé par la suite en Suisse Didier Tholot contre qui vous aviez joué en Ligue 1, vous avez échangé ?


Oui, j’ai même entraîné à côté de lui en Suisse. On se partageait un terrain pour entraîner des jeunes et pendant deux mois il venait me casser les pieds en me disant “Joel, il faut vraiment que tu viennes jouer avec nous” alors moi je ne pouvais pas avec mes genoux en mauvais état. Il revenait sans cesse car il avait des jeunes gardiens en difficultés et puis un jour j’ai cédé. Je suis venu la veille de match pour m’entrainer et connaître mes défenseurs. On a joué le lendemain face aux premiers du championnat et on a gagné avec Didier qui marquait et moi qui arrêtais tout dans les cages. Tous les deux à 39 ans. Je suis venu pour les matchs suivants sans m'entraîner pour ne pas abîmer mes genoux et j’ai joué 14-15 matchs avec eux et on s’est sauvés.


En Suisse, Didier Tholot marquait et moi, j’arrêtais tout dans les cages


Où en est le championnat Suisse aujourd’hui ?


La ligue suisse devrait se concentrer sur les jeunes joueurs pour pouvoir les revendre au grands clubs français, allemands, italien etc.. Les revenus sont encore très faibles et les droits TV le sont aussi mais la Suisse reste un bon pays formateur. Malheureusement, les clubs préfèrent parfois faire appel à des joueurs étrangers de troisième zone.


La ligue suisse devrait se concentrer sur les jeunes joueurs


Quel est la culture foot en Suisse ?


Les Suisses prennent le foot comme un loisir principalement. Il y a de l'engouement pour les grands clubs sans avoir des foules et évidemment pour l’équipe nationale. Mais dès qu’on va voir en deuxième division ça devient très dur d’être professionnel. Neuchâtel ne reviendra plus au niveau auquel il était à mon époque. C’est presque déjà un miracle qu’ils soient revenus en première division.

Les Suisses prennent le foot comme un loisir


On a un Suisse à Bordeaux, Loris Benito. Quel est votre œil sur ce joueur ?


Je le connais déjà depuis les équipes nationales avant qu’il arrive en Ligue 1. C’est un bon joueur, défenseur gauche qui est plus placé comme un piston gauche dans la formation girondine. C’est difficile d’être replacé dans un système que vous ne maîtrisez pas. Mais il s’acclimate, il a le coffre nécessaire pour faire les allers-retours à gauche. Si Loris Benito joue arrière gauche, c’est que l’entraîneur pense qu’il a le niveau tout simplement. Il a cette faculté de se projeter vers l’avant et d’aller percuter. Il cache peut être un peu des lacunes défensives en se projetant mais il peut encore s’améliorer.


Si Loris Benito joue arrière gauche, c’est que l’entraîneur pense qu’il a le niveau


Vous avez aussi entraîné la Suisse U17, comment construit-on une sélection de jeunes joueurs ?


On a déjà un bon scouting chez les moins de 15 ans ce qui aide notre travail. Il y a par la suite des sortes de tournois internes pour affiner la sélection de joueurs pour arriver à 30 joueurs à la fin qu’on garde plus en tête. Évidemment, on maintient un oeil sur les autres joueurs.


En Suisse, on a un bon scouting chez les moins de 15 ans


Vous avez gagné la Coupe du Monde des moins de 17 ans en 2009 avec la Suisse, comment cela s’est-il déroulé ?


Très bien j’ai envie de dire (rires). Honnêtement, je ne nous voyais pas passer les phases de groupes et finalement on a gagné au Nigeria contre le Nigeria. Le foot chez les jeunes est beaucoup plus instinctif. On a joué un match contre le Japon dont je me souviendrai toujours. On n’avait jamais autant été dominés et éparpillés par une équipe très dynamique et pourtant on s’impose. Puis, on a joué contre le Brésil de Neymar, Coutinho etc… et on s’impose quand même. Je pense qu’on était la meilleure équipe. Pas en individualités mais collectivement on était finalement imbattables. Le Brésil avait Neymar et Coutinho. L’Allemagne avait Goetze mais on avait une équipe intraitable. 


Le Brésil avait Neymar et Coutinho. L’Allemagne avait Goetze mais on avait une équipe intraitable


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L'auteur

Jean-Aurel Chazeau

Fondateur Leero Sport News et juriste en herbe rêvant comme un gosse devant les passements de jambes de Roni, pense toujours qu'Edixon Perea aurait pu jouer dans un top club.

@J_AurelChz | jeanaurelchazeau.com

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