Zé Elias : "A l'Inter, les joueurs suivaient naturellement Paulo Sousa"

Le 15 04 2020 à 22h39

Dans une interview exclusive, Zé Elias, international Brésilien évoque la toute puissante Série A des 90's, les Girondins de Bordeaux et bien sûr la Seleçao.

Zé Elias est un ancien joueur brésilien formé au Corinthians. Joueur de devoir et vainqueur de l’Europa League en 1998 aux côtés de Ronaldo, il évoque la toute puissante Série A, les Girondins de Bordeaux et bien sûr la Seleçao. 


Bonjour Zé, tu as été formé au Corinthians, comment peux-tu décrire ce club ? 

J’ai été formé au Corinthians et j’ai commencé il y environ 25 ans en pro, j’avais alors 20 ans. Les Corinthians, c’est un club très particulier au Brésil du fait de ses supporteurs. Ce sont les premiers du pays avec Flamengo. Le club prône des valeurs de jeux uniques basées sur la grinta et le fait de ne jamais abandonner. On nous apprend à jongler dans les phases de jeu en étant parfois technique, patient, et agressif dans le bon sens du terme. 


Quand tu es formé aux Corinthians, on t'apprend à ne jamais abandonner


Malcom et Pablo sont passés par là, que penses-tu d’eux ? 

Concernant Malcom et Pablo, ce sont des joueurs qui sont proches de s’installer au niveau international bien que Pablo ait déjà été appelé mais il lui manque encore un palier pour réellement s’installer avec la Seleçao, cela reste un excellent joueur. Pour Malcom, il a plus selon moi le costume pour jouer avec le Brésil, il sait être décisif, virevoltant et sait faire basculer les matchs, cependant, être parti au Zenit ne va pas l’aider en termes de visibilité. Il était mieux loti au Barça ou même à Bordeaux selon moi. Il faut bien que tu comprennes que porter le maillot de la Seleçao chez nous, c’est un grand privilège, un costume que tu endosses, s’installer dans cet effectif ce n’est pas rien. 


Malcom avait une meilleure visibilité à Bordeaux pour être appelé avec la Seleçao


Otavio, notre autre Brésilien. Tu le connais ? 

Concernant Otavio, c’est un bon joueur aussi qui doit encore plus s’imposer dans l’entre-jeu et montrer ses qualités de leader.


Je suis situé à Bordeaux. Je crois que tu as joué avec Ricardinho et Deivid. Que peux-tu nous dire d’eux ? 

Ricardinho, c’est forcément quelqu’un qu’on connait tous au Brésil, un bon joueur qui gagné la Coupe du monde en 1994. Pour Deivid, un peu moins car dans sa génération, il y avait déjà beaucoup de talents devant et il fallait vraiment produire de grosses performances pour être appelé et puis ça a été plus compliqué pour lui en Europe, vous en savez quelque chose. 


Tu débarques en Europe à Leverkusen, ça n’a pas dû être simple…

Quand je suis arrivé à Leverkusen, ça n’a pas été facile notamment du fait de la langue allemande mais aussi de tout ce qu’on peut penser de la rigueur allemande. Hermann, le manager de l’époque ne faisait pas de distinction, il te parlait allemand, voulait que tu penses comme un joueur allemand. Même dans la ville, il fallait se débrouiller et c’est là où je vois qu’à l’Inter c’était plus simple. Pour moi en tant que Brésilien, la Série A est plus technique que la Bundesliga qui était plus physique. 


Leverkusen a l'effectif pour aller au bout de l'Europa League


Tu as connu un autre grand manager avec Christoph Daum. Quels souvenirs gardes-tu de lui ? 

C’est vrai que Daum m’a donné la possibilité de jouer même si ça ne s’est pas bien fini. Cependant, je voyais bien sa manière de fonctionner et de gérer un groupe, il savait qu’il pouvait avoir confiance en moi. 


Comment analyses-tu leur campagne d’Europa League ?

Je pense que le Bayer Leverkusen faisait une belle campagne d’Europa League. Pour moi, ils ont une équipe compétitive pour aller au bout. Mon joueur préféré c’est le Brésilien qui joue à gauche, Wendell. 


Tu as remporté l’Europa League en 1998 avec une équipe formidable. Parle nous de cette saison ! 

Tu me parles d’une équipe de rêve ! Ronaldo, Taribo West, Paulo Sousa, Zanetti, Zamorano, Simeone, Djorkaeff et j’en oublie… La première année, ce fut incroyable car nous étions un groupe soudé et nous travaillions ensemble. Le groupe primait sur les individualités, tu comprends ? Après la deuxième année, cela s’est un peu effrité, les individualités fortes sont ressorties, cela s’est ressenti avec les supporteurs et au classement. 


Lorsque nous avons remporté l'Europa League en 1998, le groupe primait sur les individualités


Ici à Bordeaux, nous avons Paulo Sousa en entraîneur principal. Quel joueur était-il ? 

Pour Paulo Sousa, je ne suis pas surpris de sa trajectoire, déjà, il maniait l’équipe quand il était joueur, il savait nous mettre dans le sens de la marche. Les joueurs le suivaient naturellement. Au vu de sa grande expérience en tant que joueur, c’est certain que ça doit l’aider à gérer un vestiaire et plus largement à faire les bons choix. 


A l'Inter, les joueurs suivaient naturellement Paulo Sousa, il savait nous mettre dans le sens de la marche


Il semble obsédé par le 3-4-3, qu’en penses-tu ? 

Non, je ne suis pas d’accord. Un système de jeu cela se change au cours d’un match, ce n’est pas le plus important, je crois qu’il s’adapte au championnat et qu’il essaie de donner un fil rouge à son équipe mais ne t’inquiète pas, Paulo connaît bien le foot et sait ce qu’il fait. 


Pour revenir à la Coupe UEFA 1998, excepté la finale bien sûr, vous perdez tous vos matchs aller en créant des renversements de situation au retour, comment l’expliques-tu ? 

C’est ce qui faisait notre force tu sais et puis peut être qu’on avait besoin de se mettre en difficulté pour nous sublimer. Après, gagner ce genre de trophée, c’est un tout, l’amitié, le travail et la volonté énorme de gagner. Nous avons perdu la Série A quelque jours plus tôt sur le terrain de la Juventus. Nous avons sûrement laissé beaucoup de forces dans la bataille pour espérer faire le doublé. 


En 1998, avec l'Inter, (...) nous avions besoin de nous mettre en danger pour nous sublimer.


Quels ingrédients faut-il pour remporter ce genre de trophée ? 

Les ingrédients sont simples, il ne faut pas se tromper dans l’effectif et la tactique mise en place car à ce niveau, cela se paie cash. Si tu sais additionner les qualités de ton équipe, tu vas faire mal. Si tu te trompes sur ce point, la note sera salée. 


La finale justement, Ronaldo fait un match hors norme. Un mot sur Il Fenomeno ? 

Oui, bien sûr il fait une finale incroyable mais plus largement, c’est l’ensemble de sa saison qui est époustouflante. C’est Il Fenomeno, ce n’est pas pour rien qu’on lui a donné ce nom. Il mérite amplement tout ce qu’il a eu. Je peux te dire qu’en plus d’être un grand joueur, c’est un super pote en dehors du terrain. Quand il a eu ses problèmes aux genoux, je n’étais plus à l’Inter mais cela ne m’a pas empêché de l’appeler pour prendre des nouvelles. Il me disait que ça allait et tu peux le croire car quand un joueur de sa trempe fait ce qu’il a fait, il a un mental à tout épreuve. 


En plus de sa finale d'Europa League, c'est l'ensemble de la saison 1998 de Ronaldo qui est époustouflante


Quand tu es en Italie, c’est le meilleur championnat du monde où chaque année, les équipes italiennes remportent un trophée européen. Tu es d’accord avec ça ? 

C’est vrai qu’à cette époque les équipes italiennes dominaient l’Europe du football. Bien sûr, tu avais toujours le Real, Barcelone en Espagne, Manchester United en Angleterre et le Bayern Munich en Allemagne mais globalement, nous avions le meilleur championnat du monde et cela se ressentait dans les compétitions européennes. 


Dans les années 90, nous avions le meilleur championnat du monde et cela se ressentait dans les compétitions européennes


Bordeaux a atteint une fois la finale de Coupe UEFA en 1996 avec Zidane, tu t’en souviens ? 

Je ne me souviens pas de cette finale mais en revanche, bien sûr, je me souviens du joueur qu’il était. L’un des meilleurs de l’histoire. Je me souviens aussi de ses matchs avec votre équipe nationale où il pouvait faire la différence. Je crois que ses expériences en club ont renforcé votre sélection. 


As-tu déjà été contacté par Bordeaux ?

Je n’ai jamais eu de proposition de Bordeaux mais de Lyon, oui. C’était lors de ma deuxième année à l’Inter mais le club n’a pas voulu me laisser partir. 


Comment vois-tu l’évolution du football au Brésil ? 

Le football au Brésil, c’est très particulier. Tu sais, je suis commentateur pour ESPN là-bas et il y a énormément d’observateurs de ce championnat. Nous sommes le pays qui exportons le plus nos joueurs. Et cela se comprend quand tu vois les phénomènes offensifs que nous produisons. Je pense à Adriano, Ronaldo, Ronaldinho et je pourrais faire une liste. Mais tu sais, il y a aussi beaucoup de joueurs de « rue » qui méritent qu’on s’attarde sur eux car ils n’ont pas forcément les moyens de s’inscrire dans un club. La passion est omniprésente, c’est plus que ça. 


Merci José 

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L'auteur

Jean-Aurel Chazeau

Fondateur Leero Sport News et juriste en herbe rêvant comme un gosse devant les passements de jambes de Roni, pense toujours qu'Edixon Perea aurait pu jouer dans un top club.

@J_AurelChz | jeanaurelchazeau.com

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