Stéphane Ziani : "Les nouveaux acquéreurs (aux Girondins de Bordeaux) doivent trouver un équilibre entre l'histoire du club et leurs ambitions."

Le 25 01 2020 à 19h23

Stéphane Ziani, ancien joueur des Girondins de Bordeaux et actuellement entraîneur des U19 au FC Nantes est revenu sur sa carrière et l'actualité des deux clubs à la veille de FC Nantes-Bordeaux.

Stéphane Ziani, double champion de France avec le RC Lens et le FC Nantes a aussi joué aux Girondins de Bordeaux avec l’une des plus belles générations de l’histoire du club. Pour nous, il revient sur sa carrière, ses nouvelles fonctions avec un oeil particulier sur les Girondins de Bordeaux.


Bonjour Stéphane, comment allez-vous et que devenez-vous ? 

On a une belle génération, c’est des premières années en plus donc pour une équipe de jeunes, c’est bien. On va jouer à Evreux en Gambardella, ça ne sera pas simple. On est deuxième ex-aequo du championnat. La nouveauté, c’est que la deuxième place est qualificative pour les phases finales. Pour la Youth League, on y accède en étant champion de France U19 après ce sont les clubs dont l’équipe première s’est qualifiée pour la Ligue des Champions. Donc, on a du boulot (rires). 


Avec les U19 Nantais, nous sommes second ex aequo et encore en lice pour la Gambardella


Vous avez joué avec une légende des Girondins, c’est Pauleta alors à La Corogne. Que pouvez-vous nous dire sur lui ? 

Il faisait banquette et c’est marrant parce que Charles Camporro m’avait appelé, je venais de signer à Nantes et me dit : « On me propose un mec Pauleta, qu’en penses-tu ? » Je dis « fonce ! » . Et le premier match à la Beaujoire, on en prend 3, j’aurais dû me taire (rires). 

Pauleta était sur le banc à la Corogne donc pas trop l’occasion de se montrer et très honnêtement, il y avait d’autres bons joueurs sur le terrain. Après, c’était un vestiaire pas simple. Un mec génial, très bien élevé, jamais de vague, toujours positif.


Pour Pauleta, Camporro m'appelle et je lui dis "fonce !"


Comment arrivez-vous au Super Depor’ qui était l’un des clubs qui comptait en Liga ? 

La Corogne m’avait suivi durant quinze matchs à Lens où je fais une grosse saison et équipe de France A’. J’avais 26 ans, c’était le moment pour moi de partir, il avait eu Corentin Martins et ils voulaient le même profil. J’ai signé là bas sans hésitation. 


A l'époque à La Corogne, tu avais Hadji, Mauro Silva, Donato...c'était un vestiaire compliqué


Qu’est ce que c’était la Liga à votre époque ? 

La Liga à mon époque, il y a fait déjà un bon niveau. Il y avait que des internationaux avec un vestiaire compliqué où il fallait faire sa place. Naturellement, il y avait de nombreux top players dont Mustapha Hadji, Mauro Silva, Scaloni, Donato et consorts. Il y avait des mecs internationaux qui n’étaient pas dans la liste des 25. On fait une belle saison où on joue à Bernabeu pour jouer l’accession à la Ligue des Champions mais on prend 3-1.


A La Corogne, durant mon premier stage, Irureta me dit qu'il ne me connait pas


Javier Irureta a bâti ce Super Depor’, quel coach était-il ? 

Un mec dur mais super loyal. Je me souviens que Bonnissel faisait la traduction. Le coach arrive au bout de quinze jours de stage et il me dit, « j’ai cru comprendre que t’étais milieu de terrain, je ne te connais pas, j’ai demandé des vidéos pour savoir où et comment tu joues ». Je demande à Jérôme de me répéter cela et Bonnissel ne blaguait pas, je me dis que je suis dans la mouise (rires). Du coup, il s’en foutait du statut que tu avais, il regardait que le terrain et finalement, j’ai fait la saison entière et cela s’est bien passé. 

Son truc : il n’était pas proche des joueurs. Il ne passait pas dans les vestiaires mais il y avait une grande loyauté. Il maintenait une pression et l’effectif était revanchard car ils avaient fait une saison moyenne avant et la concurrence avait stimulé tout le monde et les joueurs ont fait l’alchimie. 

Javier n’était pas dans la démonstration personnelle. Je l’avais revu plus tard et très sympa mais dans sa fonction, il était très autoritaire. Contre vent et marrées, il a rarement mis une composition qui n’était pas juste avec un bémol pour Jérôme Bonnissel comme je t’ai dit.


A La Corogne, Jérôme Bonnissel a été victime de la volonté du coach de mettre des Espagnols alors qu'il était très bon.


Jérôme Bonnissel est désormais recruteur à Lyon. Il n’essaie pas de vous piquer des joueurs à Nantes ? (rires)

Chasse gardée ! Ils ont des bons joueurs aussi à Lyon. Il a vécu une injustice quand il était à la Corogne. Le point négatif, c’est qu’il y avait beaucoup d’étrangers et il a été victime de la volonté du coach de mettre des Espagnols tandis qu'il était très bon. Il y avait Romero qui d’ailleurs a été international. 


Roger Lemerre me conseille de revenir en France et puis j'avais tous mes potes à Bordeaux, cela s'est fait naturellement


Vous arrivez ensemble à Bordeaux ensuite. Comment cela se passe ? 

Je pars de la Corogne où je fais partie du deal avec Jérôme Bonnissel. D’ailleurs, l’entraîneur Irureta n’était même pas au courant. Mon choix, je l’avais discuté avec Roger Lemerre où j’avais déjà loupé le mondial car Jacquet avait été clair avec moi là dessus et me disant qu’après le mondial, ils allient rebâtir un groupe. Roger m’avait fait comprendre que je serais plus visible en France qu’en Espagne. J’avais adoré mon passage à Bordeaux où j’avais tous mes potes et puis j’aime beaucoup ce club, donc ça s’est fait naturellement. 


Avoir enchaîné les deux saisons sans interruption entre l'Espagne et la France m'a coûté ma blessure


Vous arrivez à Bordeaux où vous connaissez déjà tout me monde …

J’avais de bonnes relations avec Jean Louis Triaud et Charles Camporro. Puis le fait d’avoir été avec Micoud, Pavon et tous les gars, ça a facilité l’acclimatation. Le truc, c’est que Jérôme avait beaucoup moins joué sauf que nous étions allés en demi-finale de Coupe du Roi. Du coup, à la reprise, je suis venu en stage et j’ai enchaîné les deux saisons s’en m’arrêter et la catastrophe arrive la veille de partir en sélection sur un match contre Metz : fracture du péroné. Je me dis « tant pis, je vais bien bosser », je reviens, je fais un doublé à Lens. Elie Baup me met titulaire le match d’après, je me blesse trois mois à l’épaule. Ma saison fut compliquée alors que j’avais signé 5 ans. Je me dis, « je pars en vacances, et je vais revenir plus fort ». J’ai senti après chez Elie Baup un doute sur mon physique. Du coup Nantes m’a appelé et le choix a été facile pour moi du fait qu’Elie avait des interrogations à mon sujet. Je ne m’inscrivais pas dans ses plans du fait de mes blessures et je peux le comprendre. 


En 1997, avec les Girondins, je pense que nous aurions pu être Champion de France


Pourriez-vous me parler de votre premier passage aux Girondins en 1997 ? 

On avait passé des mois, tous à l’hôtel et on avait l’impression qu’on se connaissait depuis quinze ans. Rolland avait mis une ambiance de folie, on allait manger ensemble, on était content de se retrouver. Je pense qu’on aurait dû être champion dès cette année là. Cette saison, c’est Monaco qui l’est. Jean Pierre Papin signe à l’été et marque 16 buts cette année je crois, Didier Tholot avait pas mal marqué aussi. Ibou, mon pote avec qui j’ai beaucoup ri. Quand Papin arrive, on était hyper content qu’il soit là. Tout le monde le disait fini alors qu’on a vu un grand professionnel. On était prêt à se battre pour lui. Hyper à l’aise dans la vie de groupe, c’était génial, c’était un beau mariage entre les générations. 


Vous avez aussi connu Sylvain Wiltord qui dont François Denis nous a alerté de ses retards à Rennes (rires)…

Sylvain Wiltord, on devait venir tous les deux de Rennes mais il s’était engagé avec la Corogne et après cela fait un méli-mélo. Je l’ai finalement retrouvé en 1999 mais c’était un super joueur. Même en vieillissant, je confirme qu’il avait du mal avec les horaires (rires). 


Je vous invite à suivre Imran Louza qui a un grand talent !


On voit de moins en moins des petits gabarits en milieu offensif comme vous, qu’en pensez-vous ? 

Je ne suis pas d’accord, à Marseille, il y a Maxime Lopez. Des petits gabarits qui arrivent à tirer leur épingle du jeu. Un joueur que je vous invite à suivre : c’est Imran Louza qui ne fait pas 2 mètres mais quel talent ! Si on met que des mecs de notre profil, ça ne fonctionne pas. A Lens par exemple, j’avais Foe et Dehu derrière et Vladimir Smicer qui était fluet mais qui avait de grandes qualités de vitesse. Même si aujourd’hui, en football il faut être un athlète, il y a la place pour des petits gabarits. 


A Nantes, l'année du titre, nous étions capables de répéter les efforts avec une envie forte de vivre ensemble.


A Nantes, vous revenez sous les ordres de Reynald Denoueix…

C’est Denoueix qui nous a en plus formé donc c’était vraiment spécial de le retrouver. Pour être honnête, il y a beaucoup d’interrogations sur nous mais on sent rapidement une grosse capacité de travail et un groupe qui vit bien. On était tous des crevettes comme Carrière, Monterrubio même Moldovan. Physiquement, on était capable de répéter les efforts avec cette envie de vivre ensemble. Pour moi, c’est comme à Lens, on commence un peu mal et puis on enchaîne bien. 


Au Servette de Genève, je devais entamer ma reconversion et puis le club a déposé le bilan.


Vous deviez finir votre carrière au Servette Genève. Que s’est-il passé là-bas ? 

A l’époque Marc Roger reprend le club, je le connaissais très bien car je l’avais eu comme agent. Il me propose de finir ma carrière au Servette en me permettant d’entamer ma reconversion. Il y a Karembeu et Moldovan. Il y avait un vrai beau challenge. Il y avait Bâle qui se trimballait et nous étions deuxième derrière eux. Du coup, le club rencontre des difficultés financières et dépôt de bilan. Il y avait Valdivia déjà, un magnifique joueur. En fait, il y avait une ancienne direction suisse avec un propriétaire français et il n’y a pas eu de cadeau de fait. Malheureusement, on a compris que ça allait mal tourner. 


Jean Louis Triaud était soucieux de l'état d'esprit au club, ça a été une grosse perte quand il est parti.


Vous aviez une relation particulière avec Jean Louis Triaud. Un mot sur ce gentleman ? 

Il y a des présidents qu’on a adoré. J’ai adoré Gervais Martel et Jean Louis triaud. Il était franc, il aimait le club. C’était clair et carré. Il était soucieux de l’état d’esprit au club. Pour moi, ça a été une grosse perte pour les Girondins quand il est parti. 


Les nouveaux acquéreurs doivent trouver un équilibre entre l'histoire du club et leurs ambitions.


Aujourd’hui, beaucoup d’investisseurs veulent faire du trading. Comment le formateur que vous êtes voit-il cela ? 

On parle du trading mais il faut aussi parler des jeunes qui veulent partir vite. De l’extérieur, c’est tellement un beau club les Girondins. Je pense que les nouveaux acquéreurs, je ne parle pas que des Girondins mais en général, doivent réussir à trouver un équilibre entre l’histoire et leurs ambitions. Pour cela, il ne faut pas éliminer les anciens qui ont porté les valeurs du club. Souvent, quand ils arrivent, on remet tout en question, on a la sensation qu’on veut faire table rase du passé. Si on renforce le club tout en maintenant ce qui a été fait, c’est pour moi la clé de la réussite. 


Gilbert Bodart est un ambassadeur magnifique des Rouches !


Je suis aussi l’actualité du Standard de Liège. Que pouvez-vous me dire de Gilbert Bodart ? 

Gilbert Bodart, on l’adorait avec sa chique ! (rires) Il fait une belle saison avec nous. Avec Jean Pierre et lui, ils nous ont encadraient. On l’adorait vraiment. Il nous avait parlé du Standard en nous disant qu’il y avait une belle histoire et que c’est un grand club. Gilbert est un bel ambassadeur des Rouches, crois moi ! Je suis d’ailleurs très surpris du nombre de jeunes qui sortent des clubs belges, ça travaille bien. Concernant Renaud Emond puisqu’il vient du Standard, je peux te dire qu’ils sont sous le charme ici. Et puis, on sent que c’est quelqu’un qui n’a pas besoin de dix occasions pour marquer. 


Stéphane, que peut-on vous souhaiter pour la suite ? 

Continuer à prendre autant de plaisir qu’aujourdhui. 


Merci ! 





  • 772 vues
  • 0 commentaires

L'auteur

Jean-Aurel Chazeau

Fondateur Leero Sport News et juriste en herbe rêvant comme un gosse devant les passements de jambes de Roni, pense toujours qu'Edixon Perea aurait pu jouer dans un top club.

@J_AurelChz | jeanaurelchazeau.com

Voir les articles