Shota Arveladze : « Nous avons tous vécu les exploits d’Alain Giresse sous le maillot bordelais »

Le 25 04 2020 à 12h27

En cette période de confinement, Shota Arveladze évoque sa carrière à l’Ajax, la Coupe UEFA, les Girondins de Bordeaux mais aussi sa fonction d’entraîneur qu’il réalise avec beaucoup de passion.

Shota Arveladze est l’un des meilleurs attaquants de la Ligue Europa. Enfant de Van Gaal, l’international Géorgien a aussi connu Alain Giresse en tant que sélectionneur. Reconverti aujourd’hui entraîneur, il s’implique à bâtir un club fort en Ouzbékistan à l’image de Pakhtakor. 


Bonjour Shota, merci de nous accorder un peu de votre temps. Comment cela se passe pour vous ? 

Pour l’instant, je suis en Turquie, confiné mais je suis toujours passionné et au contact de mes collaborateurs pour maintenir mes joueurs le plus en forme possible. 



Notre idée est de créer une institution avec Pakhtakor


Vous êtes actuellement l’entraîneur de Pakhtakor, une destination un peu surprenante …

J’ai eu beaucoup de propositions après mon départ d’Israel mais le projet de Pakhtakor m’a énormément séduit. L’idée est de vraiment remettre en avant l’institution « club ». On ne veut pas investir dans des transferts d’étrangers de manière inutile mais vraiment investir dans des installations et en faire un club au rayonnement national d’abord avant d’aller chercher des expériences plus notables à l’étranger. Evidemment que le football à l’Ouest ne sera jamais équivalent que celui à l’Est car la culture n’est pas la même. Il faut donc s’adapter à l’atmosphère avec les personnes qui sont présentes. Par exemple, je me suis entouré de personnes ayant des points de vu différents ce qui me fait aussi parler plusieurs langues étrangères (rires). Il n’y a que le français que je ne parle pas bien. 


Le Dinamo Tbilissi était un club majeur et renforçait régulièrement l’équipe d’URSS 


Justement, je suis surpris de ne pas vous avoir vu signer au Dinamo Tbilissi. On connait votre attachement au club. 

Il ne faut pas oublier d’où on vient et le Dinamo Tbilissi m’a fait rêver étant plus jeune en remportant notamment cette Coupe des Coupes en 1981 et en fournissant bon nombre de joueurs à l’URSS pendant des années. Tu sais pour les clubs comme ça, il ne fallait pas faire d’erreur pour arriver en coupe d’Europe. Je suis toujours en contact avec la Georgie, on m’a même proposé le poste de sélectionneur mais à l’époque je n’étais pas assez expérimenté. Mais rien de concret. Ce serait une belle histoire mais il faut de la cohérence dans le projet et ne pas faire n’importe quoi. 


Alain n’a pas eu besoin de se présenter pour dégager un grand respect 


Avant d’évoquer votre parcours en Europe, un petit mot sur Alain Giresse. Il a été votre sélectionneur ? 

Oui, bien sûr. Alain est quelqu’un qui n’a pas eu besoin de se présenter pour dégager un grand respect. Une personne extrêmement humaine et un grand compétiteur. Je ne garde que des bons souvenirs d’Alain et ses conseils m’ont été précieux. Maintenant, gérer une sélection comme celle de la Georgie n’est pas facile. Nous avions tous vécu ses exploits sous le maillot bordelais et bien sûr sous le maillot bleu. Cela a été un plus pour nous de l’avoir comme sélectionneur. 


L’influence de Van Gaal allait au-delà de l’équipe une 


Vous avez connu quelque grands entraîneurs comme Louis Van Gaal à l’Ajax. 

Oui, Louis est un homme foncièrement passionné par ce sport et surtout quelqu’un habité par son projet. Si le personnage a réussi à me séduire, il faut aussi bien rappeler que son influence allait au-delà de l’équipe une. Il avait la main sur le club à l’image de Van Der Lem qui l’épaulait et faisait la navette entre l’équipe B et la A. Si j’ai connu aussi Dick Advocaat, j’ai une relation beaucoup plus étroite avec Louis qui a su sublimer mon jeu. 


Kiki Musampa, c’était un savant mélange entre un artiste et un excellent joueur 


L’Ajax a fourni quelque joueurs aux Girondins de Bordeaux comme Kiki Musampa et Richard Witschge. Que pouvez-vous nous dire sur eux ? 

Je me souviens d’une anecdote sur Kiki (rires). Nous étions à l’entraînement à l’Ajax et nous faisions chambre commune avec Kiki. Il débarque en jogging dans la chambre, il fait son sac de sport et me dit, « je pars ». Je lui dis mais « où tu vas ? Au kiné ? » et là, il me répond « non, non je pars à Bordeaux ». C’était Kiki, un artiste. C’était un excellent joueur sur le terrain, j’adore ce mec. Même chose pour Richard, avec son frère Rob, c’étaient des hommes élégants et d’une grande gentillesse, nous aimions bien faire des poker ensemble (rires). 


Jan Wouters vous emmène avec lui à Glasgow. Là encore, c’est une grande équipe qui vous attend…

C’est vrai que c’est l’une des meilleures équipes de l’histoire du club. Je suis Jan les yeux fermés, c’est une légende à l’Ajax et nous nous entendions super bien. J’arrive là-bas avec des supers mecs comme Claudio Caniggia, Christian Nerlinger … Je peux te dire qu’il y avait de sacrés joueurs et cela aurait mérité de faire une meilleur parcours sur la scène européenne. Et puis, ce public…


Avec les Rangers, au vu de notre effectif, nous aurions mérité un meilleur parcours européen. 


Justement la Coupe UEFA, vous êtes connu comme étant l’un des meilleurs buteurs de la compétition. Comment voyez-vous cela ? 

Tu sais quand j’étais petit, on voulait tous briller en Europe, on se faisait nos films. Evidemment que c’est une fierté d’avoir pu marquer autant dans cette compétition mais crois moi, remporter un trophée européen ne vaudra pas une place honorifique dans un classement. D’autant plus, que la Coupe UEFA n’avait pas le même fonctionnement qu’aujourd’hui. Tu avais les meilleures équipes de la seconde place jusqu’à la troisième ou quatrième place de chaque grand championnat, sans compter les équipes qui sortaient des qualifications et plus tard d’Intertoto. Je me souviens de Bordeaux qui est arrivé en finale car tu sais, je ne suis pas passionné par ce sport depuis hier, je regardais déjà le maximum de matchs possible et j’étais impressionné par les conduites de balle de Zidane et le match contre Milan était une merveille. 


Remporter un trophée européen ne vaudra pas une place honorifique dans un classement.


Vous vous souvenez de l’épopée des Girondins en 1995-1996 ? 

Bien sûr, même aujourd’hui, je regarde des matchs partout sur la planète. Si l’offre télévisuelle n’était pas la même à l’époque, je ne pouvais pas manquer une finale de coupe d’Europe. Je peux te dire que mon frère Archil se souvient de Lizarazu, il était redouté en Bundesliga. Il y avait une belle équipe de Bordeaux à cette époque avec bien évidemment mon ami, Richard Witschge. 


Mon frère Archil se souvient bien de Lizarazu, il était redouté en Bundesliga 


Justement, comment expliquez-vous qu’un club français n’ait jamais remporté cette compétition ? 

Dans son ancien format, c’était une compétition extrêmement demandeuse en énergie. Tu devais avoir un effectif pléthorique pour aller au bout et à l’époque, les Italiens et les Allemands dominaient tout. Tu avais 2-3 mecs par poste qui pouvaient être titulaires, et je te parle de mecs internationaux ou potentiellement capables de l’être. Et puis, il y a aussi un facteur chance, être épargné par les blessures, bien gérer son championnat…Aller au bout d’un parcours européen, c’est presque une science. 


Aller au bout d’un parcours européen, c’est presque une science.


Pour en revenir à votre oeil de coach, Bordeaux suit deux joueurs, l’Ouzbek Shomurodov et Giorgi Chakvetadze. Que pensez-vous de ces deux joueurs ? 

Pour Eldor, c’est évidemment un joueur que je connais bien. Un buteur efficace qui à mon avis est plus taillé pour le championnat hollandais ou anglais. Il sait prendre les espaces et s’imposer dans les airs, je suis sûr que Karpine va savoir le faire encore plus progresser mais c’est vrai qu’il s’annonce comme le futur top player de l’Ouzbékistan et pourquoi pas l’un des tops mondiaux à ce poste. Pour Giorgi, je le connais personnellement et c’est un super technicien même s’il a moins joué cette saison. Il a failli partir dans un gros club l’année passée mais cela ne s’est pas fait. Je ne suis pas étonné qu’il soit suivi par Bordeaux car il a une vision de jeu et un placement qui font de lui un joueur au dessus du lot. Quand un joueur crée des différences, il aspire forcément au plus haut niveau et Bordeaux est un club important en Europe. 


Giorgi Chakvetadze aspire forcément au plus haut niveau et Bordeaux est un club important en Europe


Que peut-on vous souhaiter pour la suite ? 

Que tout le monde reste en bonne santé évidemment et de réaliser combien nous sommes chanceux de pouvoir faire ce que nous aimons. 


Merci Shota ! 

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L'auteur

Jean-Aurel Chazeau

Fondateur Leero Sport News et juriste en herbe rêvant comme un gosse devant les passements de jambes de Roni, pense toujours qu'Edixon Perea aurait pu jouer dans un top club.

@J_AurelChz | jeanaurelchazeau.com

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