Sarah M'Barek : "J'ai rencontré Ulrich Ramé pour entraîner les Girondins de Bordeaux"

Le 07 02 2020 à 11h48

Désormais implantée à Djibouti pour faire grandir le football féminin là-bas, Sarah M'Barek nous donne son analyse du football féminin, de l'Equipe de France et bien sûr des Girondins de Bordeaux

Ancienne milieu de terrain et défenseure centrale de Montpellier et des bleues, Sarah M'Barek est désormais sélectionneuse du Djibouti depuis la rentrée. L'ex-entraîneur guingampaise revient avec nous sur son parcours. 


« J'ai une famille de footeux. On aime vraiment beaucoup le football dans ma famille. »


Comment avez-vous commencé le football ? 

J'habitais dans un quartier dans la région tourangelle. J'ai un grand frère qui a deux ans de plus que moi et je le suivais partout. Il jouait au foot dans le quartier et je jouais avec lui. Il n'aimait pas trop cela mais comme ses copains me choisissaient dans leur équipe cela réglait les problèmes et moi je me régalais. J'ai commencé vers l’âge de 7 ans je pense. J'ai signé dans mon premier club féminin parce qu'on faisait des tournois inter-quartiers et un monsieur est venu me voir et m'a dit « tu sais il y a une équipe féminine au FC Tour, il faut que tu ailles voir ! ». Il a pris contact avec mon papa et on est allé voir. C'était une équipe de benjamines. J'avais un peu peur de me retrouver qu'avec des filles parce que j'étais bien chouchoutée par les garçons. J'ai eu un bon contact avec la coach et cela s'est bien passé donc j'ai signé ma première licence et mon père, qui est entraîneur à la base, est également devenu éducateur dans ce club là. On a vraiment une famille de footeux. Ma petite sœur, qui a trois ans de moins que moi, a également joué quelques années en tant que gardienne de but. On aime vraiment le football dans ma famille. 


Vous jouiez milieu de terrain, quelles sont les particularités de ce poste ? Quelle sont les clés pour être un bon milieu ? 

J'ai commencé dans un couloir puis au fur et à mesure j'ai joué au milieu de terrain, je jouais également défenseur central. J'ai alterné entre les deux postes suivant les clubs dans lesquels je jouais et suivant les besoins des coachs. Personnellement, j'avais un très gros volume de jeu, je courais énormément. J'étais assez dure aux duels malgré mon gabarit. J'étais plutôt milieu de terrain défensif mais avec également des qualités de meneur de jeu. Je pouvais orienter le jeu et donner des bons ballons vers l'avant. Les qualités d'un milieu de terrain dépendent du profil. Le poste que j'occupais, on l'appelle aujourd'hui la sentinelle, un milieu capable de rester devant la défense et de combler les espaces. De ratisser beaucoup de ballons et d’être efficace à la récupération du ballon et à la première transition offensive. 


Le MHSC :

« Montpellier restera le premier club a avoir investi dans le football féminin »

« Mon arrivée à Montpellier a vraiment tout changé parce que les infrastructures étaient au top par rapport aux autres clubs français de cette époque »

« J’avais déjà en moi l'envie de devenir professionnelle sans vraiment y croire »


Vous avez vécu le passage d'amateur à professionnel, comment cela se traduit-il ?

Je jouais à la Roche-Sur-Yon et le président Nicollin m'avait contactée pour faire partie des trois recrues qui allaient signer leur premier contrat professionnel, enfin plutôt le premier contrat permettant de gagner des sous en jouant au foot mais pour être honnête, on avait un contrat de secrétaire. C’était un peu compliqué et c’était vraiment les débuts. Mon arrivée à Montpellier a vraiment tout changé parce que les infrastructures étaient au top par rapport aux autres clubs français de cette époque. Et surtout la volonté du président Nicollin d'avoir une équipe féminine bien classée dans le championnat. Il a vraiment mis les moyens humains, structurels, organisationnels et financier pour pouvoir avoir une belle équipe. Cela a été pour moi la concrétisation de tant d'années de sacrifices parce que j'avais déjà en moi l'envie de devenir professionnelle sans vraiment y croire. C’était vraiment les débuts mais c’était une reconnaissance à la fois pour moi, pour les autres joueuses et pour le football féminin en général. J’étais très contente qu'on prenne ce cap la. 

En parallèle je faisais des études. J'ai obtenu une licence STAPS avec une option éducation-motricité. Je voulais devenir professeur d'EPS et je passais également mes diplômes d’entraîneur. J'avais en charge l’équipe U13 du MHSC donc j'avais un emploi du temps bien chargé.  


On parle beaucoup de Lyon mais Montpellier donne aussi au football féminin, est-ce qu'on le ressent au sein du club, ce soutien pour développer l'équipe féminine ? Comment cela se traduit-il ? 

Montpellier restera pour moi le premier club a avoir investi dans le football féminin, avec un président passionné qui me manque beaucoup parce que j'avais des très bons rapports avec lui. Le football féminin a pris une place prépondérante à Montpellier. Tout le club respecte le football féminin et l’équipe féminine. Laurent Nicollin a pris la relève et il donne beaucoup de moyens pour qu'on accorde de l'importance a son équipe féminine qui est quasiment considérée comme les garçons. Il y a des structures qui ont été mises en place et je pense qu'elle ont beaucoup de chance. Après Lyon et Paris, je pense que Montpellier est le club qui donne de l'importance a son équipe féminine, qui la met en avant et qui travaille avec les jeunes. Il ne faut pas oublier toute la structure dessous et la formation. Donc pour moi cela reste un des meilleurs club de France à ce niveau là. 

Pour l équipe féminine du MHSC il y a aussi du personnel compétent qui a été mis en place pour diriger l’équipe et pour aire en sorte d'avoir des bons résultats. Il y a vraiment des bonnes conditions d’entraînement et je pense qu'en plus ils sont en train de construire un groupe pour l'avenir. D'ici quelques années on entendra encore plus parler d'elles. La troisième place de D1 est devenue qualificative pour la ligue des champions donc je pense que cela reste leur objectif et le club mérite de retrouver son équipe sur la scène européenne. 


L'équipe de France :

« Mes sélections en Bleues ont développé mon souhait de devenir entraîneur »

« J'ai dit à Elisabeth Loisel que je voulais prendre sa place »

« être en sélection c'est la récompense de tous les efforts que l'on peut faire pendant l'année, c'est la concrétisation de beaucoup de sacrifices et c'est une fierté pour la famille »


Vous comptez 18 sélections en équipe de France, qu'est ce que cela fait de porter ce maillot ? 

18 sélections cela peut paraître peu. Je n'a pas beaucoup joué mais j'ai été très régulièrement appelée dans le groupe entre 99 et 2003. J’étais peu utilisée par la coach Elisabeth Loisel. C'est aussi peut être ce qui m'a permis de développer mon sens de l'analyse et qui m'a permis aussi de devenir entraîneur car j’aimais beaucoup observer ce qu'il se passait à la fois dans les vestiaires, dans les causeries et pendant les matchs. J'étais déjà projetée sur mon futur métier. 

Pour l'anecdote : Un jour j’étais en entretien individuel avec la coach qui m'a demandé ce que je souhaitais faire à l'avenir et je lui ai répondu que je voulais prendre sa place. Avec le sourire bien sûr, elle l'a bien pris. Mais c'est pour montrer que j'avais déjà l’idée de faire une carrière d’entraîneur. 

J'ai vécu une très belle expérience en équipe de France évidement. C'est le haut niveau. Ce qui m'a permis de grandir, de voyager, de voir d'autres cultures et d'autres football. Entendre la Marseillaise, c'est toujours un moment particulier. Être en sélection, c'est la récompense de tous les efforts que l'on peut faire pendant l'année, c'est la concrétisation de beaucoup de sacrifices et c'est une fierté pour la famille. J'en garde vraiment de merveilleux souvenirs. 


Nous avons l'impression que Corinne Diacre a réellement construit un groupe, que pensez-vous de son travail à la tête de l'équipe de France ? 

J'ai joué avec Corine Diacre en équipe de France. J'étais en concurrence avec elle pour jouer défenseur central en équipe de France. C’était une très bonne joueuse, on a gardé contact. Après pour parler de son travail je ne suis pas a l’intérieur du groupe donc j'ai un avis extérieur. Je suis un peu déçue comme tout le monde de la coupe du monde mais mon avis reste extérieur et je ne me permettrais en aucun cas de juger. 


Les Girondines de Bordeaux :

« Les Girondines de Bordeaux sont une équipe d'avenir. Elles peuvent finir dans le Top 3 de D1 »

« Bordeaux fait partie des clubs que j'aimerais entraîner. »


Que pensez vous des Girondines de Bordeaux ?

Je pense que c'est une équipe d'avenir. Un club qui investi dans son équipe féminine et qui donne les moyens de construire quelque chose de durable dans le temps, en tout cas c'est ce que je ressens de loin. C'est une équipe qui peut finir dans le top 3 de D1 avec des joueuses un peu plus expérimentées pour étoffer le groupe mais dans l'ensemble le groupe va progresser et est prometteur. 


Avez-vous déjà été en contact avec Bordeaux en tant que joueuse ou entraîneur ? 

J'avais ma meilleure amie qui jouait à Mérignac-Arlac donc c'est vrai que j'aimais bien ce club mais je n'ai jamais eu de contact en tant que joueuse. Par contre en tant qu’entraîneur j'ai été contactée par Ulrich Ramé à l'inter-saison. Je suis venue à Bordeaux, j'ai eu un très bon contact avec le club et puis malheureusement cela ne s'est pas fait. En toute transparence, c'est une région et une destination qui me plairait. Bordeaux fait partie des clubs que j'aimerais entraîner. 



Sélectionneuse du Djibouti :

« Je suis à Djibouti surtout pour structurer. Il y a vraiment tout un plan de développement qui a été mis en place. »

« C'est un gros défi parce que l'on part de loin mais les joueuses ne demandent qu'à apprendre »

« Le football féminin en Afrique progresse vite et bien »


Après avoir été entraîneur vous êtes maintenant à la tête d'une sélection, ce n'est pas le même métier. Quelles sont les principales différences ?

C'est un métier complètement différent et à la fois identique de ce que je pouvais faire. Djibouti c'est très petit, toutes les joueuses sont sur place pour l'instant donc en fait je les entraîne la semaine. Elles font aussi des entraînements en club mais ce n'est pas très structuré, le championnat n'a pas encore commencé donc moi je fais 3 à 4 séances par semaine avec les joueuses. Elles complètent avec leur club. 

Je suis également responsable de l'équipe U17 féminine, actuellement (au moment de l'interview) en compétition en Ouganda, une coupe des pays d’Afrique de l'est. Il y a le Kenya, l’Ouganda, la Tanzanie, l’Érythrée et nous. On a fait cette compétition en novembre avec les seniors. Cela a été très compliqué. On a pris 13-0, 11-0 et 8-0. Avec les U17 c'est pareil, avec une formule très difficile pour les jeunes. On joue tout les deux jours et il y a 5 matchs. On a pris 14-0, 11-0, 8-0, 4-0 et on rejoue demain. Je suis ici surtout pour structurer. Pour former les entraîneurs, leur montrer comment on peut travailler. Je touche un peu à tout. Un DTN français Yann Danielou vient d’être mis en place, il va gérer tout cela pour que nous puissions nous concentrer sur nos équipes plus précisément. Mais il y a vraiment tout un plan de développement qui a été mis en place. 


Comment en êtes-vous arrivée là ? 

Mon passage d’entraîneur à sélectionneur c’était une opportunité qui s'est présentée. Après Guingamp, j’avais voulu prendre une année de repos parce que cela a été 5 années très difficiles sportivement mais aussi humainement. J'ai estimé que 5 ans avec un groupe, c’était suffisant, il fallait que je laisse ma place et que les joueuses voient autre chose. Je suis contente de voir qu'aujourd'hui les résultats sont là car la plupart des joueuses de mon groupe sont restées et ont progressé. J'étais impatiente de reprendre, au bout de 6 mois de pause, cela me manquait déjà.


Pourquoi avez-vous été attirée par ce challenge ?

Il y a eu plusieurs propositions quand j’étais à la recherche d'un poste, dont Bordeaux ou d'autres postes à l’étranger aussi. Djibouti m'a contactée, ils recherchaient une femme entraîneur avec les diplômes pour un poste de sélectionneuse mais aussi de développement du football féminin dans le pays. Je suis allée voir avec mon mari en mai dernier et on a rencontré le président. On a vu les infrastructures qui étaient plutôt intéressantes pour un petit pays comme celui-là et pour du football féminin. Je suis à Djibouti depuis septembre. 

C'est un super challenge. C'est un gros défi parce que l'on part vraiment de pas grand chose et il y a beaucoup de choses à faire. C'est un pays qui est très accueillant et chaleureux et les joueuses ne demandent qu'a apprendre même si on part de rien au niveau de la discipline, des exigences du haut niveau, il y a une totale reconnaissance. Il faut être patients mais la volonté fédérale est là et est le moteur de ce qui pourra se passer après. Ce n'est pas facile tous les jours mais cela m'a permis de voir aussi le niveau du football africain, notamment de l’Afrique de l'est. Je vois que le football féminin en Afrique progresse bien et vite qu'il y a des bonnes joueuses ici aussi donc cela donne des idées et je suis contente de vivre une telle expérience. 


Margaux Bongrand





  • 1741 vues
  • 0 commentaires

L'auteur

Margaux Bongrand

Spécialiste football féminin, supportrice invétérée de l'Equipe de France, persuadée que les Bleues seront championnes du monde avec Amandine Henry.

[email protected]

Voir les articles