Pierre Littbarski : « J’ai eu quelque discussions avec les Girondins de Bordeaux pour rejoindre le club dans les années 80 »

Le 31 12 2019 à 19h26

Pierre Littbarski, vainqueur de la Coupe du monde 1990 évoque sa carrière, les Girondins de Bordeaux et sa vision du football #girondins #fcgb #happynewyear

Pierre Littbarski est un monument du football mondial ayant atteint trois finales de Coupe du monde (82, 86 et 90) remportant ainsi l’édition 1990 aux côtés des Matthaus, Klinsmann, Brehme entraînés par Beckenbauer. A l’occasion du trentième anniversaire de la chute du mur de Berlin, Pierre Littbarski revient sur cet évènement fédérateur ayant contribué à la réunification des deux Allemagne (RFA-RDA). En bonus, il n’oublie pas de vous transmettre un message personnel. 


Bonjour Pierre, merci pour ta disponibilité. Est-ce que le titre de 1990 a contribué à unifier les deux Allemagne ?

Oui, mais tu dois comprendre que l’équipe d’Allemagne n’était pas encore réunifiée à ce moment, cela n’a été fait que quelque mois plus tard et puis, pour nous joueurs, l’évènement est tous les quatre ans donc l’aspect sportif était central mais plus tard, quand nous avons vieilli, nous avons pu constater combien cette victoire avait été fédératrice pour les Allemands, d’autant plus que je connais bien Berlin pour avoir habité près du mur mais sur le terrain, nous pensions seulement à gagner la compétition. 

J’ai moi même des origines russes de mes grands parents. Nous avons vécu du côté Ouest Allemand mais cela fut un déchirement effectivement de savoir une partie de notre famille à l’Est. Ma mère est née en Allemagne de l’Est et nous avions de la famille pas qu’en Russie mais aussi de l’autre côté du mur. J’ai été donc concerné par la chute du mur. 


« Ce n’est que plus tard que nous avons constaté combien la victoire de 1990 avait été fédératrice pour l’Allemagne »


Il est étonnant de voir un joueur de ton calibre faire presque toute sa carrière à Cologne. Peux-tu nous en dire plus ? 

C’est difficile à imaginer car aujourd’hui Cologne n’a évidemment pas le même niveau que dans les années 80 mais nous avions un effectif très difficile à bouger, nous étions du même niveau que le Bayern Munich. En fait, nous étions comme une famille et je n’avais pas envie de quitter ce cocon, c’est pour cela que je suis resté aussi longtemps au club. Il faut aussi que tu saches que ce que tu appelles la Ligue des Champions était à mon époque la Coupe des Clubs Champions et c’était comme une aventure de jouer cette compétition ou toute autre compétition européenne car les conditions commerciales n’étaient pas les mêmes. Aujourd’hui, pour un joueur, il faut briller dans cette compétition tandis qu’à notre époque, il fallait être bon d’abord en championnat. 


« A mon époque, il fallait d’abord être bon dans ton championnat avant de penser aux compétitions européennes » 


Tu as perdu 2 finales mondiales et une de Coupe de l’UEFA, 1990 a dû être une libération pour toi, n’est-ce pas ? 

J’ai perdu pas mal de finales en effet en plus de l’Euro junior (espoirs ndlr) aussi et les nombreuses places de vice champion d’Allemagne mais la finale que nous perdons face à l’Argentine en 1986 m’a vraiment fait mal au moral et ce fut d’autant plus incroyable d’aller chercher celle de 1990 tandis que notre football, individuellement parlant, était meilleur quatre ans plus tôt. 


« Gagner la Coupe du monde en 1990 après avoir perdu 1986 était d’autant plus incroyable » 


Dans les années 80, les Girondins de Bordeaux avaient une grande équipe. Le club a-t-il déjà essayé de te contacter ? 

Il y avait eu des rumeurs et même quelque discussions avec Bordeaux à l’époque en effet mais c’est mon ancien coach assistant qui a fait la connexion avec le Matra Racing à l’époque. C’était l’équivalent du PSG avec tant d’internationaux et de grands noms . Après nous étions surtout comparables au PSG via sa politique de recrutement plus que par nos résultats (rires). 

Je me souviens de Alim Ben Mabrouk qui m’a beaucoup aidé à parler français et montré la ville. Je m’en souviendrai toute ma vie. 


« J’ai eu quelque discussions avec les Girondins de Bordeaux pour rejoindre le club dans les années 80 »


Klauf Allofs a joué avec toi et il jouit d’une belle image à Bordeaux. Peux-tu nous parler de lui ?

Un mec fantastique. C’était mon partenaire préféré et je crois que cela se voyait sur le terrain. Je lui disais souvent que j’étais l’artisan de ses buts ce qui le faisait rire évidemment mais blague à part, nous formions un duo extraordinaire. 


« Avec Klaus Allofs, j’étais l’artisan de ses buts » 


Y-a-t-il un lien entre l’équipe championne du monde de 1990 et celle de 2014 selon toi ? 

En fait, ce qui selon moi a fait la différence entre nos échecs de 82 et 86 par rapport à 1990, c’est tout simplement l’aspect collectif. Au départ, nous pensions beaucoup à nos carrières en tant qu’individu d’autant plus que le talent était au rendez-vous car nous avions une génération fabuleuse. Cependant, si tu regardes bien le tournoi de 1990, nous jouons en bloc, en équipe et c’est ce qui a fait que nous étions très fort jusqu’au titre. Tu retrouves cette idée du football avec le titre de 2014 qui fait l’effet en plus d’un rouleau compresseur car les joueurs et le football ont changé. Mais j’ai eu la même sensation de collectif. 


« Pour moi, entre 1990 et 2014, le lien, c’est l’aspect collectif » 


Tu as aussi joué dans un championnat exotique. Pourquoi le choix du Japon ? 

Oui effectivement comme Beckenbauer, j’ai été tenté de rejoindre le Japon pour plusieurs choses. Tout d’abord, j’avais fait le tour de la question avec Cologne et le niveau de l’équipe baissait tandis que j’avais toujours envie de prendre du plaisir sur le terrain. Ensuite, l’offre financière n’était bien sûr pas comparable à aujourd’hui mais elle était largement supérieure à ce que me proposait Cologne. Et enfin, à l’époque, le Japon avait une réelle envie de développer le football dans son pays et sa culture me fascinait. Je devais y rester quelque mois et puis j’y suis resté quelque années. 


« Quand je pars au Japon, je dois y rester quelque mois, j’y reste quelque années » 


Je suis obligé de te parler de la demi finale de 1982 à Séville. Quels souvenirs en gardes-tu ? 

Pour moi, c’est le match le plus intense que j’ai joué face à l’équipe la plus talentueuse que j’ai pu rencontrer. Manuel Amoros était pour l’un des meilleurs défenseurs au monde. Les supporteurs, l’enjeu et le scénario font que ce match est forcément marquant. Nous avons gagné ce soir là en étant chanceux mais après l’accrochage entre Battiston et Schumacher, l’ambiance est devenue tout autre, ce n’était plus une demi finale mais bien plus. Quand nous sommes rentrés, nous ne nous sommes jamais réellement considérés comme vainqueurs, sensation qui a été retranscrite aussi par la presse. Nous avons été « jugés » tandis que nous étions sortis vainqueurs. C’était très particulier et c’est gravé en moi. 


« Séville 1982 est le match le plus intense face à la meilleure équipe que j’ai joué de ma carrière »


Que penses-tu de Tuchel ? Quelle image a-t-il en Allemagne ? 

Je pense que le PSG et Madrid sont les équipes les plus difficiles à coacher à cause de ses super stars. Je pense que lorsqu’on est coach dans ces équipes, on doit trouver la bonne alchimie aussi en dehors du terrain pour gérer ces personnages. En Allemagne, je connais bien Thomas Tuchel, il avait une image de colérique tandis qu’avec l’apprentissage de votre langue, il passe désormais pour un mec un peu fou et sympa. Je note qu’il a bien progressé sur le plan tactique pour aller chercher des performances en Ligue des Champions. Ce challenge au PSG l’a bonifié. 


« Le PSG a bonifié Tuchel » 


Tuchel, Klopp, tous parlent la langue du pays. Est-ce que cela fait une grande différence dans la qualité du coaching selon toi ? 

J’ai eu la chance de pouvoir aller en Australie et au Japon. Pour moi, la clé d’une bonne assise à l’étranger, c’est de s’adapter à la culture et encore plus en parlant la langue du pays. Il y a un développement accru maintenant dans la communication des clubs depuis une vingtaine d’année et c’est un point crucial pour transmettre un message et véhiculer un message pour tout nouveau protagoniste. Tu en as l’exemple avec Tuchel et Klopp qui travaillent beaucoup sur la langue. Parler la langue du football, c’est bien mais aujourd’hui, il faut plus. « Mais c’est très difficile » (en français). 


« Parler la langue du pays est indispensable aujourd’hui. La langue du football ne suffit plus »


Pourquoi est-ce qu’on ne t’a pas vu dans un club plus important ? 

Tu es Français et je pense que tu vas comprendre mieux que quiconque ce que je vais dire. J’ai pu profiter de grands moments avec le football, j’ai pu gravir les échelons à Wolfsburg mais il y a aussi quelque chose de très important à mes yeux, c’est la qualité de vie. J’ai tout fait, j’ai bossé à tous les étages dans le football et puis tu sais, mon fils joue ici et il est très prometteur. J’ai la soixantaine et je pense qu’il est temps pour moi de me poser et de transmettre le relais à mes enfants. 


« Mes parents m’ont appelé Pierre car ils adoraient la culture française » 


Pourquoi « Pierre », c’est un nom français ? 

C’est une coincidence car mes parents adoraient la France, ils ont beaucoup voyagé et quand ils cherchaient un nom, ils ont pensé à la vie française et c’est comme ça qu’ils m’ont appelé « Pierre ». 


Quel message as-tu pour les lecteurs du site ? 

Vivez votre vie avec respect et je souhaite de Joyeuses Fêtes à tous les lecteurs de ton site 


Merci Pierre





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L'auteur

Jean-Aurel Chazeau

Fondateur Leero Sport News et juriste en herbe rêvant comme un gosse devant les passements de jambes de Roni, pense toujours qu'Edixon Perea aurait pu jouer dans un top club.

@J_AurelChz | jeanaurelchazeau.com

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