Luka Elsner : "« Jimmy Briand a une compréhension du football et des situations offensives qui m’interpelle beaucoup. »

Le 28 10 2020 à 18h27

Après avoir été écarté d'Angers, Luka Elsner s'est confié sur sa philosophie de jeu, les Girondins de Bordeaux et le Standard de Liège.

Passé par la prestigieuse Union Saint Gilloise alors en pleine reconstruction et plus récemment à Amiens en Ligue 1 puis en Ligue 2, Luka Elsner évoque sa philosophie de jeu et son amour pour le football. Rencontre avec un fin tacticien. 


Bonjour Monsieur Elsner, comment êtes-vous devenu entraîneur ? 

Je ne suis pas devenu entraîneur général tout de suite. J’étais joueur professionnel le dimanche et le lundi suivant, je suis d’abord devenu assistant. Cela s’est fait en 24h. 


Vous avez découvert Maksimovic, actuellement à Getafe, qu’est-ce qui vous a sauté aux yeux avec lui au départ ? 

C’est un garçon qui avait un talent exceptionnel quand il est arrivé. Avec Domzale, on s’est spécialisé dans le recyclage des joueurs qui s’étaient un peu perdus. Comme nous n’avions que peu de moyens, nous avons créé un système basé sur des reventes. Le budget était de 50% de qualifications européennes et 50% de reventes. 

C’est fatiguant car chaque année il faut refaire un effectif. Il faut bien comprendre que l’environnement ne permettait pas d’attirer des sponsors massifs. 

Maksimovic était un garçon qui avait passé presque un an sans jouer. Malgré ça il était toujours capitaine des U20 serbes. Il avait une mentalité exceptionnelle, très bien éduqué et gentil mais sur le terrain, il marchait sur les autres, c’était une bête. Il pressait tout le temps l’adversaire. Il n’était pas si à l’aise techniquement que ça mais c’était un problème de confiance à mon avis. Il était le premier à l’entraînement mais il portait aussi les chasubles et les bouteilles d’eau, un super coéquipier. 


Maksimovic avait une mentalité exceptionnelle, très bien éduqué et gentil mais sur le terrain, il marchait sur les autres


Vous êtes un entraîneur plutôt « joueur », quelle analyse faites-vous de cela ? 

J’ai démarré avec l’étiquette d’un entraîneur plutôt défensif mais cela a évolué. J’essaye de faire ce qui est efficace mais il y a une part de jeu en moi, mon père était un vrai romantique de ce sport. C’était un technicien sur le terrain. Pour moi, un garçon qui prend le ballon pour éliminer quatre joueurs, cela ne me fait pas rêver. Je préfère quatre joueurs ensemble qui mettent l’adversaire en difficulté pour arriver au bout. J’aime beaucoup ne pas encaisser de but et avec Amiens, je me suis créé beaucoup de cheveux gris à cause de ça (rires). 


Je préfère quatre joueurs ensemble qui mettent l’adversaire en difficulté pour arriver au bout.


Il y a d’excellents joueurs en Slovénie à l’image d’Andraz Sporar, un temps suivi par Bordeaux, quelles différences y-a-t-il avec la France ? 

Le fossé existe. La Slovénie a des caractéristiques intéressantes mais en termes d’intensité physique, il y a des manques à combler, ce qui crée des réticences dans l’oeil du recruteur. Je pense que de manière globale, la France avait un lien particulier avec la Yougoslavie et on s’en est un peu éloigné. A Chambly, ils ont signé Petkovic donc il y a toujours des opportunités à saisir. Malheureusement, les joueurs les plus intéressants se situent dans les meilleurs clubs et ils sont très chers. Pour le marché français, c’est plus compliqué. 


il y a toujours des opportunités à saisir dans les pays d’ex Yougoslavie


Comment analysez-vous votre début de carrière de coach ? 

Il faut se faire un nom. À l’Union par exemple, je suis parti d’une feuille blanche avec un vrai challenge. Il y a aussi un facteur chance dans ce genre de projet. C’est formateur. Cela crée de l’expérience peut être plus que dans des situations confortables. J’ai fait avec les opportunités qui se présentaient à moi. C’est important de ne pas faire trop de plan sur cinq ans car c’est une vie très complexe. 


À l’Union, je suis parti d’une feuille blanche avec un vrai challenge


Quelles sont vos méthodes ? 

Par le travail, installer un quotidien exigeant, la création d’un groupe, la transmission de valeurs. La mayonnaise en Belgique a bien pris mais nous sommes interdépendants. Quand on a un vrai potentiel et avec la possibilité de travailler derrière, je pense à Percy Tau, c’est très agréable. Il ne faut pas croire que ces garçons sont arrivés là par hasard, c’est par leur implication que cela a donné des résultats. Nous avons tous passé une superbe saison qui nous a laissé beaucoup de bons souvenirs. 


Les défenseurs centraux ont un rôle principal dans l’équipe.


On dit souvent que tout part de derrière. Qu’en pensez-vous ? 

Les défenseurs centraux ont un rôle principal dans l’équipe. Si la paire ne fonctionne pas, cela handicape l’équipe entière. C’est un rôle compliqué à gérer. Notamment concernant les mouvements de la ligne de défense. Il faut aussi que ces derniers aient de bonnes sensations. Ce sont aussi les premiers à mettre les coéquipiers dans de bonnes dispositions. 

Concernant les latéraux, cela dépend des profils. Je n’ai pas un style de latéral qui me plait plus que les autres. J’aime ceux qui apportent des opportunités offensives et puis maintenant, ce qui se fait beaucoup; c’est une asymétrie entre les deux, un qui monte très haut et un autre qui est dans un registre de passe pour protéger la balle. Je n’ai pas de restriction particulière. 

Quand cette ligne là faillit, les saisons sont compliquées même si devant ça suit. 


Vous nous avez « piqué » Ghoddos un temps suivi par Bordeaux, parlez-nous de joueur. 

John Williams a eu la capacité d’aller dénicher des joueurs dans des championnats peu connus. Saman attire le but et les occasions. Il l’avait prouvé sur le match contre Lille. C’est un joueur que j’affectionne particulièrement. Je suis fan des ballons en profondeur, c’est un des joueurs avec Kakuta qui était capable de le faire. 


Saman Ghoddos attire le but et les occasions


Difficile de ne pas vous parler de Kakuta. Quelle est sa position favorite ? 

Gael se sent performant autour d’un attaquant. Quand on lui donne beaucoup d’espaces pour s’exprimer, il développe son jeu très intéressant et précis dans les transmissions. Il doit avoir la liberté de mouvement pour qu’il puisse placer ses passes. Il arrivait d’une saison où il n’avait pratiquement pas joué. C’est un garçon, quand il est dans les meilleures dispositions, il est extraordinaire. Maintenant, c’est une question de constance mais sur les derniers mois, les signaux étaient des indices favorables de progression notamment du point de vu mental. 


Kakuta doit avoir la liberté de mouvement pour qu’il puisse placer ses passes.


Quel regard portez-vous sur la Ligue 1 ? 

La Ligue 1 ne laisse pas de place aux erreurs. Elles se paient cher. C’est le très haut niveau, il faut être concentré 90 minutes. Il y a un défi athlétique à maîtriser. On parlait de la Slovénie précédemment, tant que ces joueurs là ne sont pas capables de répondre au défi physique, il y a une limite. Sans ça, on ne peut pas fonctionner en Ligue 1. Cela va tellement vite et fort que le football ne peut pas s’exprimer. 

On y découvre des noms qui sont synonymes de top mondial comme Villas Boas ou Tuchel, c’est un plaisir et un privilège d’avoir pu préparer des matchs comme ça. 


La Ligue 1 ne laisse pas de place aux erreurs.


Comment voyez-vous les Girondins et le Standard ? 

Aux Girondins, il y a une histoire importante liée à des grands joueurs et entraîneurs. J’ai été très inspiré par la Fiorentina de Paulo Sousa et les choses qu’il avait mises en place. 

Sur le Standard en Belgique, c’est un club avec une âme très profonde, une passion inébranlable, généralement dans des clubs comme ça, c’est très excitant de pouvoir y évoluer. 


J’ai été très inspiré par la Fiorentina de Paulo Sousa et les choses qu’il avait mises en place.


Y-a-t-il un joueur qui avait retenu votre attention aux Girondins et pourquoi ? 

On en avait parlé avec le staff. Jimmy Briand a une compréhension du football et des situations offensives qui m’interpelle beaucoup. On devrait montrer aux écoles de foot la manière dont il se déplace et son jeu sans ballon. Je pense qu’il n’y a pas beaucoup de joueurs dans le championnat de France supérieur à lui dans ce domaine. 


Jimmy Briand a une compréhension du football et des situations offensives qui m’interpelle beaucoup.


Merci ! 




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L'auteur

Jean-Aurel Chazeau

Fondateur Leero Sport News et juriste en herbe rêvant comme un gosse devant les passements de jambes de Roni, pense toujours qu'Edixon Perea aurait pu jouer dans un top club.

@J_AurelChz | jeanaurelchazeau.com

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