Laurent Peyrelade : "Il faudrait une belle aventure pour réveiller les Girondins de Bordeaux comme ce fut le cas avec Laurent Blanc"

Le 12 11 2019 à 12h47

En exclusivité pour Leero Sport News, Laurent Peyrelade, l'entraîneur de Rodez revient sur son club, Coco Suaudeau, Lille et les Girondins de Bordeaux.

Laurent Peyrelade, entraîneur de Rodez s’est livré dans un entretien où il évoque son équipe, Coco Suaudeau, Le Mans, Lille, les Girondins de Bordeaux et bien sûr la Jupiler Pro League. Chaque mardi soir 19h30, retrouvez le Leero Sport Show


Bonjour Laurent, merci pour votre disponibilité. Est-ce que Rodez est dans ses objectifs pour l’instant ? 

Oui, on est bien dans les objectifs, on serait même plutôt en avance par rapport à nos temps de passage avant la trêve. Si on arrive à prendre 6 points avant la trêve, ce serait une phase aller réussie. Il faut continuer à être performant à domicile pour continuer à travailler tranquillement. On sait qu’on aura des passages à vide mais si on les passe avec des points, ça sera plus simple. 

De toute façon, on affronte que des clubs qui nous sommes supérieurs qui ont connu la Ligue 1, nous sommes en construction, même quand on joue Clermont, Le Mans, ils ont un autre budget que nous. Il ne faudra pas s’éparpiller quand ça ira bien ou quand ça ira mal et progresser pour être performant contre le Top 6 du championnat. 


Rodez est en avance sur ses temps de passage 


Vous êtes une figure de ce club de Rodez, quand avez-vous repris l’équipe ? 

J’ai connu le club qui descendait en CFA 2, ils ont eu la bonne idée d’être patients avec moi. On a une feuille de route où le club se construit tranquillement. 


Quel est le secret de cette réussite hors du commun ? 

C’est tout un club, c’est un manager sportif, un président qui ont une idée de la route à mener qui tous les ans donnent plus de moyens, des joueurs qui étaient là, qui continuent à élever leur niveau, à avoir la volonté de progresser qui permet de franchir les niveaux. Une idée précise, des moyens qui sont mis à notre disposition. Tous les ans, on essaie d’améliorer notre groupe, des fois c’est possible, des fois, pas. Mais on ne change pas notre idée. On ne remet pas tout en cause car il y a deux choses qui ne fonctionnent pas. Evidemment que sportivement c’est allé plus vite que nos structures. Mais ça permet au club d’avoir un peu plus de moyens, aux élus de nous faire un nouveau stade. On est encore loin des standards des clubs de Ligue 2 mais l’idée est de pérenniser le club pour avoir des moyens et s’améliorer tous les jours. 


L’idée est de pérenniser le club pour avoir des moyens et s’améliorer tous les jours. 


Etes-vous surpris par le niveau de certains de vos joueurs ?

Je n’ai pas de surprise. J’ai des joueurs qui sont avec moi depuis la CFA 2. Ils n’ont pas encore atteint leur limite sportive. Certains sont surpris de leur progression. On s’entraîne tous les jours, les mecs travaillent tous les jours pour atteindre leurs objectifs. L’idée est d’avancer et de progresser. L’idée est d’avancer collectivement pour être le plus performant possible. L’idée est que chaque joueur ait le sentiment de progresser, d’améliorer notre vision collective et rester nous-mêmes. Il y a le joueur et l’homme. T’inventes pas un rôle car il y a 4 ans on était les mêmes, ça colle au territoire. On est dans un département magnifique mais rude. Il faut que les gens puissent s’identifier au groupe. Des gars qui ne pensaient pas être professionnels, le sont, maintenant il faut que ça dure. 


Avancer collectivement pour être le plus performant possible


Que pensez-vous du niveau global de cette Ligue 2 ? Tout le monde peut-il battre tout me monde ? 

Je n’ai pas de recul. Je ne suis pas d’accord, tout le monde ne peut pas battre tout le monde. Sur un match, peut être mais sur un championnat c’est autre chose. Il y a un écart. Entre les 8 premiers, peut être, cela peut se produire et encore. J’essaye de m’adapter afin qu’on puisse grandir. 


J’essaye de m’adapter afin qu’on puisse grandir. 


Vous avez une histoire d’amour avec Le Mans. Que pensez-vous du retour du club au premier plan ? 

J’ai toujours ma maison au Mans, ma fille est scolarisée là-bas. Ce club rejouera en Ligue 1. Ils ont des structures d’un club de première division. Ils vont dans les deux ans basculer dans la première division car la puissance de l’agglomération fait que c’est écrit. 


Le Mans rejouera en Ligue 1 : c’est écrit 


Vous avez été sous les ordres de Coco Suaudeau, en quoi vous a-t-il transformé ? 

En effet, celui qui m’a transformé, c’est Suaudeau : sur la relation à l’autre, la passe le mouvement. Là, c’était un bouleversement. Suaudeau, c’est Suaudeau. Tu peux copier mais tu vas te planter. Tu vas prendre, le mettre à ta sauce que t’essaies de transmettre à ton tour. Tu t’imprègnes. Courbis disait « l’entraîneur, c’est le plus grand des voleurs ». Tu prends des idées et tu les adaptes. Tu ne peux pas faire de copier-coller. Ca peut t’inspirer mais t’es obligé de l’adapter à ton contexte. Ou alors, tu fais partie des entraîneurs dogmatiques. Eux, ils prennent les joueurs dont ils ont besoin pour s’adapter à leur contexte. 


Celui qui m’a transformé, c’est Suaudeau : sur la relation à l’autre, la passe le mouvement…


Vous avez aussi connu Slavo Muslin que nous connaissons bien à Bordeaux…

Je n’ai plus de rapport mais quelqu’un d’humainement très riche. C’était un magicien avec le ballon. Techniquement, il fallait s’améliorer et dans le relationnel c’était quelqu’un de simple, proche de ses joueurs. J’ai signé pro à Nantes et lui a pris Bordeaux. J’avais signé à Nantes avant qu’il signe à Bordeaux mais ça m’aurait pas dérangé de le suivre en Gironde. 


J’avais signé à Nantes avant que Muslin signe à Bordeaux mais ça m’aurait pas dérangé de le suivre en Gironde.


Vous êtes originaire de Limoges, comment voyez-vous les difficultés rencontrées par le FC Limoges ? 

Le club de basket vampirise beaucoup de choses. Il y a un beau projet même s’ils sont en grosses difficultés financières. C’est compliqué même si je pense que Marlot est la bonne personne pour bâtir ce projet. Il faut une volonté politique pour bâtir mais il y a le rugby et le basket. Je crois qu’il y a la place pour au moins 2 sports dans une agglomération de cette taille là. Il faut des bons gestionnaires et peut être que le projet pourrait démarrer. Nous à Rodez, on est entouré par des départements où footballistiquement, c’est délicat. On est les plus au Sud de la Ligue 2. Ce n’est pas facile d’avoir un projet stable pour avoir une vision à 5-6 ans. 

Il faut distinguer 2 choses. Ca bosse beaucoup par rapport aux moyens qu’on a et le bassin de population qu’on a. Après nos structures doivent énormément évoluer mais c’est compliqué pour des agglomérations comme la nôtre, notre département c’est 350 000 habitants. Il faut qu’on bosse différemment. Nous sommes fidèles et innovants. Il faut que notre club arrive à se maintenir pour investir dans le centre d’entraînement notamment. 


Il faut que notre club arrive à se maintenir pour investir dans le centre d’entraînement notamment.


Vous avez connu Lille, le club a sacrément changé depuis votre passage…

Ils ont une agglomération de dingue, il faut qu’ils arrivent à s’inscrire dans les coupes d’Europe car c’est là que les moyens sont. Ils ont fait la coupe d’Europe plusieurs années; cela a produit le domaine de Luchin. Un Lyon qui est qualifié dans les 5, le LOSC doit le faire tous les ans. Ils ont un potentiel public important, il faut arriver à être régulier dans ton championnat autant que possible c’est ça qui te permet d’attirer des joueurs. Pour moi c’est Top 5 français. 


Le LOSC doit s’inscrire dans les coupes d’Europe tous les ans


Et quel est votre avis sur les Girondins de Bordeaux dans ce cas ? 

Il leur faudrait une belle aventure, quelque chose qui avait révélé Laurent Blanc mais qui n’a pas été transmis derrière pour dynamiser la belle endormie. Il faudrait faire un mouvement de folie dans le championnat ou un parcours en Coupe d’Europe pour peut être rénover le Haillan, ressortir des jeunes de la formation. C’est la Ligue 1, c’est dur, j’espère qu’ils ont des investisseurs stables, un coach stable car à un moment il ne fallait pas 10 matchs de plus dans la saison pour eux. Là, tu as un mélange d’anciens avec des jeunes joueurs, j’espère que ça va le faire. Il faut de la continuité dans leur groupe et moi, j’aime bien travailler longtemps avec un groupe personnellement. 


Il faudrait une belle aventure pour réveiller les Girondins de Bordeaux comme ce fut le cas avec Laurent Blanc


Nous suivons aussi la Jupiler Pro League. Que pensez-vous du Standard de Liège ? 

Déjà c’est un des Top 5 là bas. J’ai beaucoup suivi car j’avais mon amis Laurent Guyot qui entraînait le Cercle. Il a formé des jeunes et à l’arrivée, avec un autre, il a fallu changer et là, je pense que ça va être compliqué pour eux. Cette année, je suis moins au courant. C’est un terrain de recrutement intéressant. On n’a pas de scout à Rodez mais il y a des bons joueurs là-bas. Ceux qui recrutent bien en Belgique, ils se trompent rarement derrière. Après, c’est compliqué de faire sortir les gens de Belgique car ils sont attachés à leur championnat. Genk, l’année dernière aussi, ça jouait ! Il y a un gros écart entre les 6-7 et le reste. 


Ceux qui recrutent bien en Belgique, ils se trompent rarement derrière


Merci Laurent !


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L'auteur

Jean-Aurel Chazeau

Fondateur Leero Sport News et juriste en herbe rêvant comme un gosse devant les passements de jambes de Roni, pense toujours qu'Edixon Perea aurait pu jouer dans un top club.

@J_AurelChz | jeanaurelchazeau.com

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