Gerard Buscher : "Je vois bien un match nul entre les Girondins de Bordeaux et le Stade Brestois"

Le 21 09 2019 à 19h03

En exclusivité pour Leero Sport News, Gérard Buscher nous donne son analyse du football en évoquant les belles années brestoises

Gerard Buscher véritable légende du Stade Brestois dans les années 80 nous a accordé une interview en se remémorant les belles saisons aux côtés des Guérin, Le Guen et consorts sans oublier de nous donner des nouvelles à la veille du match entre les Girondins et le Stade Brestois.



Bonjour Gérard, quels souvenirs gardez-vous de votre passage à Brest ? 

Ce sont des passages où il y a tout, la performance individuelle, la vie, la région qui était exceptionnelle. Il y a des moments de grâce. Des fois, c’est le boulot, mais la région non et l’inverse. Mais à Brest, tout était au top. En plus, il y a quinze jours j’étais avec Corentin Martins, l’ancien entraîneur du club, il a joué contre la Tunisie, on est ami. 

C’était un super moment de ma carrière en effet. Quand on connaît le football, c’était tout sauf un accident à Brest. Je marquais des buts mais j’avais des supers joueurs autour de moi, un sponsor et un président très impliqués.


A Brest, je marquais des buts mais j’avais des supers joueurs autour de moi

Quelles seront les clés s’ils veulent se maintenir ?

Je pense que si ils veulent exister, c’est pas sur une saison, mais Il faut qu’ils existent sur un projet déjà sur 3-4 ans pas forcément un projet sur 10-15 ans. Quand les clubs montent, en général, ils se mettent dans le rouge, ils mélangent beaucoup et souvent ils font l’ascenseur. Il faut s’appuyer sur les valeurs du club. J’ai fini ma carrière à Nice sur une montée, je trouvais ça bizarre que les joueurs fassent la fête alors que c’est un enterrement que tu célèbres car les clubs recrutent 6-7 joueurs dans la foulée et se séparent d’autres. Ca dénature le club. Alors qu’il faut recruter 2-3 joueurs de Ligue 1 mais garder ses valeurs, de travail, de sueurs qui sont les valeurs bretonnes. Si on oublie d’où on vient, ça marche pas. 


L’erreur à ne pas faire c’est de ne pas tenir compte du pays dans lequel on vit


Comment se passe votre expérience en Tunisie ? 

J’apporte ce que je sais faire mais avec une certaine adaptation mais l’erreur à ne pas faire c’est de ne pas tenir compte du pays dans lequel on vit, de la manière dont vivent les gens. En Afrique par exemple, au niveau de l’’hygiène de vie, les gens se couchent plus tard etc..Il y en a quelque uns qui n’ont pas compris et ils sont restés deux mois. C’est comme quand tu es invité chez des gens, tu peux être en vacances mais tu n’oublies pas que tu es chez eux. Il faut s’adapter à tout ça et rajouter tes connaissances footballistiques. Il faut beaucoup d’humilité car les rapports sont différents, ça fait douze ans que j’entraîne ici. Quand j’ai le temps, je parcours les pays d’Afrique pour aider certains centres privés de foot car la formation ne se passe pas comme en Europe ou en France. 


C’est à dire ? 

J’ai été directeur technique à Nice pendant 4-5 ans et aussi à l’Espérance Tunis qui est l’équivalent du Real Madrid en Afrique. Ça fait 5-6 mois que j’interviens sur des académies avec des cycles de travail, planification des programmes. Il faut s’ouvrir et je me régale. 


Comment s’est passé votre arrivée en Tunisie ? 

A Hammam Lif, je suis arrivé comme directeur technique pendant 2-3 ans après l’Espérance Tunis. A Marsa, on a bâti le club et on l’a stabilisé alors qu’il faisait le yo-yo. Ici, c’est l’Afrique, tu dois avoir du relationnel, les choses se négocient autour d’un café pas dans un bureau avec des Terminators. Quand ils ont été en difficultés, j’ai repris Hammam Lif et on a eu des résultats. Mais pour Marsa comme Hammam Lif, c’est aussi de l’affectif car les dirigeants sont des amis. 


Je suis navré de voir que les clubs français ne viennent pas prendre plus de renseignements pour faire du recrutement en Afrique.


Est-ce que des clubs français comme le Stade Brestois profitent de votre connaissance de l’Afrique dans leur recrutement ? 

Je suis navré de voir que les clubs français ne viennent pas prendre plus de renseignements pour faire du recrutement. Je vis ici, je connais les championnats. Vous me dites les postes, je vais vous trouver les joueurs. Je leur ai proposé Msekni, je l’ai fait venir du Stade Tunisien à l’Espérance, un super joueur. Pareil pour Maaloul et Khenissi, j’ai appelé Jean Marc Furlan à Troyes à l’époque, je lui dis « vous pouvez avoir les deux gratuitement et vous ne perdrez pas d’argent en les revendant », tu crois qu’il m’a rappelé ? Aujourd’hui, Khenissi est un attaquant confirmé et international et Maaloul est aujourd’hui à Al Alhy. Incohérent. 

Je suis circonspect de voir qu’aucun mec de Brest ou d’ailleurs ne m’appelle pour avoir mon avis sur des joueurs en Afrique. Je suis là depuis douze ans, j’ai jamais vu un mec de l’UNFP. J’ai demandé à l’UNECATEF pour des préparateurs physiques quand j’étais à l’Espérance Tunis. Ils ne m’ont même pas répondu alors qu’il y a plein de mecs au chômage ! Tu imagines ?! 


Zlatko, il pourrait encore jouer aujourd’hui car très racé, très rapide et adroit.


Pour en revenir à Bordeaux, vous avez joué avec les frères Vujovic. Comment étaient-ils ? 

Ils étaient jumeaux mais il y en avait un, l’attaquant Zlatko, qui était brillant, classe. Le défenseur, Zoran c’était un professionnel qui était un homme de devoir, très intelligent car il savait ce qu’il pouvait faire, il ne passait pas la limite. Zlatko, il pourrait encore jouer aujourd’hui car très racé, très rapide et adroit. Les deux par contre, deux super mecs. 


Un dernier mot pour les Brestois qui vont vous lire ? 

Passe le bonjour au peuple brestois car c’est mon bled (rires) en espérant un nul contre Bordeaux. 


Merci Gérard ! 

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L'auteur

Jean-Aurel Chazeau

Fondateur Leero Sport News et juriste en herbe rêvant comme un gosse devant les passements de jambes de Roni, pense toujours qu'Edixon Perea aurait pu jouer dans un top club.

@J_AurelChz | jeanaurelchazeau.com

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