Didier Santini "Jouer les Girondins de Bordeaux au Stadium, c'est un peu comme en Corse, c'est chaud"

Le 05 10 2019 à 19h41

En exclusivité pour Leero Sport News, Didier Santini, ancien Toulousain nous donne de ses nouvelles et décrypte son derby de la Garonne

Didier Santini, ancien joueur passé par le Toulouse Football Club nous donne de ses nouvelles pour son retour de Chine. Lui qui a connu Alain Giresse, il nous décrypte ce derby de la Garonne en exclusivité pour Leero Sport News. 


Bonjour Didier, merci de nous accorder un peu de votre temps. Que retenez-vous de votre passage avec les U19 Chinois ? 

J’ai trouvé fantastique cette expérience en Chine, mais il faut savoir que c’est deux fois l’Europe donc le moindre déplacement est très long. Au-delà d’une culture différente, j’ai découvert un pays qui souhaite exister dans le monde international. Il y a un retard énorme depuis 1998 où la Corée du Sud et le Japon ont pris énormément d’avance sur eux. Le football est un sport assez égoïste et il y a ce problème de connivence entre les joueurs. Le championnat commence aux 15-16 ans avant, c’est à l’école que ça se passe. 


Personne ne misait sur Fargeon et finalement, il s'est baladé


Quels sont les axes de progression ? 

L’école chinoise doit travailler sur le long terme et pas virer les gens au moindre mauvais résultat ce qu’on réussi à faire leurs voisins. Les joueurs chinois adorent bosser mais parfois ils sont trop scolaires. La Super League, c’est pas mal avec de grands joueurs qui sont attirés par des milliardaires. Après vous jouez peut être devant 40-50 mille personnes mais dans des villes de plusieurs dizaines de millions de gens, c’est peu. Mais même s’il y a une volonté politique de développer le football, il faut aussi être patient. Le problème, dès que tu arrives, au bout de quinze jours, on te demande de gagner un match de préparation pour un tournoi dans un an. Après, il faut s’habituer à la culture du pays, c’est très dur. Tu vois Pékin, ça fait quatre à cinq fois la région parisienne. J’ai été énormément impressionné par les plantations, la fleuraison et ils essaient vraiment de rendre propre la ville.

Il y a aussi la barrière de la langue où on avait qu’un seul joueur qui parlait anglais. Tout ce qui est compliqué pour nous, ils le règlent en deux minutes et l’inverse est aussi vrai. Ils ne voulaient pas naturaliser des joueurs et puis finalement, le président chinois est retourné chercher Marcello Lippi et ce projet est de nouveau dans les cartons. 


J'ai signé à Toulouse pour Alain Giresse


Quelle est votre actualité désormais ? 

Je ne suis pas rentré dans une bonne période, c’était au mois de juin, les entrainements étaient déjà repartis. Quand on a travaillé de 8h à 3h du matin car il faut tout faire en double notamment au niveau du traducteur. Il faut faire double boulot. Quand vous rentrez chez vous, les journées sont longues. Je suis allé pas mal de fois voir l’AC Ajaccio, je suis allé à Paris reprendre contact avec des amis, des agents. Vous avez aussi des amis qui étaient très proches et puis, un peu moins. C’est un peu comme on est blessé en tant que joueur. C’est le milieu qui veut ça, il y a beaucoup d’entraîneurs et c’est plus facile d’être joueur qu’être entraîneur. C’est un métier fantastique. Quand on est joueur, on croit que c’est facile d’être coach…(rires). On apprend toujours dans ce métier. De très grands entraîneurs comme d’autres de DH ou autre. 


Vous avez croisé Alain Giresse plusieurs fois sur votre route, non ? 

J’ai joué avec lui à Marseille et il m’a entraîné à Toulouse. J’ai signé là bas pour lui. J’ai eu la chance à l’OM de m’entraîner avec les pros. Vous vous entraîniez avec 20 internationaux, comment ils vivent, comment ils abordent les choses. C’était énorme techniquement, énorme en tout. Quand je suis arrivé à Toulouse, Alain m’a dit « quand je pense que tu me nettoyais les pompes à Marseille » (rires). Ca faisait partie du jeu aussi, le petit gosse devait respecter les anciens. J’ai passé trois années extraordinaires. Mais à l’époque à Toulouse, il jouait encore avec nous, c’était tout pour le jeu. A l’époque il devait avoir 41 ans, un truc comme ça, il pouvait encore jouer avec nous. Après il part au PSG, mais on lui a demandé plus de choses mais j’ai passé de grandes années avec lui. 


Le jour du match contre Bordeaux au Stadium, il y avait une ambiance un peu comme chez moi en Corse, où c’est chaud


L’année où vous partez, Toulouse finit dernier et Bordeaux champion. Vous vous en souvenez ? 

Quand je suis arrivé, je me suis dit que les villes étaient vachement espacées. C’était pas Lille-Lens ou Sainté-Lyon. Le jour du match contre Bordeaux au Stadium, il y avait une ambiance un peu comme chez moi en Corse, où c’est chaud, où tu dois tout donner pour que les gens puissent au moins te dire que tu t’es battu. Quand je suis parti, les dirigeants étaient catastrophiques et heureusement que Monsieur Sadran a repris le club derrière. 


Qu’aviez-vous pensé de l’équipe bordelaise ?

C’était une bonne équipe, Wiltord, on voit où il a fini. Après Bordeaux a toujours eu une culture footballistique plus importante que le rugby, ce qui n’est pas le cas à Toulouse. C’est un club mythique. A l’époque, j’ai eu la chance à l’OM de voir des matchs au Vélodrome avec Tigana, Fargeon où personne ne misait une pièce sur lui et finalement il s’est baladé.


Bordeaux a toujours eu une culture footballistique plus importante que le rugby


Vous connaissez parfaitement la Corse et l’ACA. Que pensez-vous des frères Tramoni proches de signer à Bordeaux ? 

Le petit, je ne connais pas mais on m’en a dit le plus grand bien. Mais le grand, Matteo, je l’ai vu jouer avec l’ACA, Olivier Pantaloni le faisait entrer et dans sa prise de balle, il est très impressionnant. Il va tenter des uns contre uns, dans les diagonales, il ne perd pas le ballon, j’aime beaucoup. 


Vous êtes aussi un ancien du Sporting. Quel est votre avis sur la situation du club ? 

J’espère qu’il va renaître de ses cendres. C’est un club où les supporteurs ont une grande importance, ils sont 6000 en N2. Quand tu parles avec les entraîneurs de Ligue 2 ou National, on sait tous que c’est le Sporting qui ramène les foules en Corse. J’espère que les clubs corses vont continuer à se maintenir et à grimper. Je pense qu’on ne peut pas venir à Bastia si on n’a pas la culture corse. Hantz a voulu s’imprégner, il avait un gros caractère et ça a marché. C’est comme partout, il faut comprendre la culture locale. Quand je suis allé à Toulouse, je me suis habitué avec tout ce qui gravite autour, j’ai eu des amis là-bas et j’ai adoré me balader dans le coin. 


Tramoni est très impressionnant dans sa prise de balle


On voit souvent les joueurs partir en catimini et ne pas se mêler au fans à la fin des matchs. Ce qui n’est pas le cas avec le rugby. Qu’en pensez-vous ? 

Quand j’ai joué en Ecosse, vous étiez obligés d’aller dans les bars, d’aller au contact des gens, des fans. Quand j’étais au TFC, on avait pris 5-1 contre Lyon, des mecs sortaient par derrière, les mecs te sifflent et là, on va les voir et je leur dis « mais vous avez raison, on est mauvais ». Tu peux pas être ridicule, les gens mettent de l’argent pour venir voir un match de foot, il faut mettre de l’envie. Si tu es incapable d’aller voir les gens après une défaite…ça fait partie du sport. Même à la fin du match, même si tu t’es pris la tête avec ton adversaire, tu vas lui serrer la main et ça sera le meilleur ami de ta vie. 

Je me souviens en Ecosse encore, je prenais des coups de coude sans arrêt, l’arbitre ne sifflait pas, je me dis « il faut que je vienne en Ecosse pour me battre ». Le mec s’approche, enlève son dentier car là-bas ils en portent et me dit « hey frenchie, you are crazy, come with me » on a fini au pub ! J’ai joué aussi contre un super joueur, Rai, que je bousculais un peu à la limite, il prend le ballon deux-trois fois où j’arrive, dur sur l’homme, la quatrième, il m’a mis une boîte … et à la fin je suis allé le féliciter. Des fois, on fait pas exprès de casser le joueur, je me souviens chez vous, un joueur m’avait pété le genou, j’en ai pris pour dix huit mois, le mec ne s’est jamais excusé. Je pense que si j’avais rejoué contre lui, je l’aurais découpé en deux. Par contre les dirigeants de Bordeaux étaient venus à l’hôpital, très élégants. Le football c’est un combat, il faut être vicieux, intelligent et ne pas blesser intentionnellement un joueur. 


Vous qui êtes coach, comment voyez-vous la situation de G.Printant ? 

Pour Printant, c’est compliqué, il n’avait pas de résultat. Humainement, il est fantastique. Après le football, c’est 18 mois en moyenne avant d’être éjecté. On ne peut pas être surpris. Il s’est accroché et les dirigeants en ont décidé autrement. Regardez l’ACA, ils loupent la montée et l’année dernière, ça a failli descendre. Si jamais vous n’avez pas de dirigeants intelligents, vous sautez. 


A Lille, quand Vahid arrive, 80% de l’équipe était inconnue et il les a amené en Ligue des Champions


Votre avis sur Claude Puel qui le remplace ? 

J’ai joué pas mal de fois contre Claude Puel mais je ne le connais pas en tant qu’entraîneur. Mais gros tacticien, il coure plus longtemps dans les test physiques que les joueurs, il est battant, il ne veut jamais perdre, j’aurais bien aimé l’avoir. 

Mais un peu à l’image de Vahid Halilhodzic que j’ai eu à Lille. Il était dur surtout quand il voulait faire perdre du poids à certain joueurs à l’époque (rires). Le mec m’a fait gagné 3km/h en VMA, c’était costaud. J’avais dit aux jeunes au LOSC à ce moment : « écoutez le, si je l’avais eu à votre âge j’aurais été international ». Peut être qu’il était trop direct dans ce qu’il disait. J’ai adoré l’homme pourtant il ne me faisait pas jouer. A Lille, quand il arrive, 80% de l’équipe était inconnue et il les a amené en Ligue des Champions par contre c’était un tueur. Le football, c’est ça aussi, c’est du boulot à l’entraînement. Mais il passait des nuits entières sur les matchs, à l’époque, c’est lui qui faisait tout. 


Quand Wahbi est arrivé à Bastia, c’était la star


Vous avez connu un certain Wahbi Khazri, il me semble…

J’ai eu la chance que Bastia m’ait demandé de m’occuper des 14 ans, ces gosses m’ont amené au bout du monde. On jouait…c’était monstrueux. La génération 91 et la 92 aussi, c’était fabuleux. Les joueurs vous les revoyez, ils vous appellent encore « coach ». 

Quand Wahbi est arrivé, c’était la star, il venait de la JSA Ajacienne. Il jouait tous les postes. Il arrive, je lui ai expliqué ce qu’était le football (rires). Tu savais qu’il allait devenir incroyable, il mettait le ballon où il voulait. Il faut jouer simple vers l’avant. C’est quelqu’un qui a une mentalité incroyable. Foued, son frère, aurait pu aussi avoir une carrière, il avait une frappe de balle deux fois plus forte que cette de Wahbi. Mais le football de haut niveau, c’est aussi des exigences. 


Un pronostic pour le match de ce soir ? 

Je dirais 2-2, ça va faire un beau match et j’espère qu’il y aura du monde. J’espère aussi que les supporteurs bordelais vont pouvoir se déplacer. Attention au perdant. Tu me fais penser que j’ai aussi joué avec un joueur, Jean-Charles de Bono, qui a joué avec Tigana dans les années 80, j’arrive à Bastia à 19 ans, il m’a hébergé, il me parlait toujours de Bordeaux, il avait du vin de partout mais n’en buvait pas, je le faisais pour lui (rires). 


Merci Didier

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L'auteur

Jean-Aurel Chazeau

Fondateur Leero Sport News et juriste en herbe rêvant comme un gosse devant les passements de jambes de Roni, pense toujours qu'Edixon Perea aurait pu jouer dans un top club.

@J_AurelChz | jeanaurelchazeau.com

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