Charles Kaboré : "Après la victoire des Girondins de Bordeaux à Caen par un but de Gouffran, nous étions vraiment dégoûtés."

Le 02 02 2020 à 19h33

Charles Kaboré, capitaine des Etalons du Burkina Faso et vainqueur du championnat 2010 avec l'OM a évoqué le mythique Bordeaux-Marseille, les Girondins et bien plus.

Charles Kaboré, champion de France avec Marseille en 2010, capitaine du Burkina Faso nous a accordé quelque minutes à la veille de Bordeaux-Marseille. Découvert par Didier Tholot à Libourne Saint Seurin, le joueur, aujourd’hui au Dynamo Moscou, détaille ses souvenirs ce qu'il pense du club au scapulaire. 


Bonjour Charles, vous êtes un joueur du Dynamo. Comment cela se passe-t-il ? 

Cela se passe très bien, une nouvelle vie pour moi. Je me sens bien, et c’est vraiment un super challenge. 


Je suis étonné de ne pas vous avoir vu continuer en Ligue 1 après Marseille, comment l’expliquez-vous ? 

Le mercato était déjà fermé et j’ai eu une proposition de Kranosdar, j’avais fait le tour avec Marseille en Ligue 1, en remportant le championnat, la Coupe de la ligue et en jouant La ligue des champions. J’ai eu une proposition de Lorient concrète mais j’ai préféré un défi à l’étranger. 


J’ai eu une proposition de Lorient concrète mais j’ai préféré un défi à l’étranger. 


Didier Tholot, ancien Bordelais aujourd’hui coach, vous fait venir à Libourne Saint Seurin et s’engage à vous prendre sur ses deniers si le président ne le fait pas. Vous vous en souvenez ? 

Oui, je me rappelle quand je suis arrivé en France, le coach m’a bien accueilli. C’était au mois de septembre, je me suis entraîné avec la CFA 2, il faisait froid, je n’arrivais pas à faire une passe. Le lendemain, je passe avec l’équipe une, je me suis battu comme un lion. Je devais faire deux semaines et après le premier soir, Didier m’appelle et me dit qu’il souhaite me garder. Je n’ai que des bons souvenirs du coach (Didier Tholot ndlr). 


Je n’ai que des bons souvenirs avec Didier Tholot


Je suis étonné de ne pas vous avoir vu signer à Bordeaux d’ailleurs…

Bon, à un moment, il y a eu des rumeurs, mais rien de concret. C’était Marseille qui a vraiment fait les choses jusqu’au bout. J’avais donné ma parole à Marseille et je ne reviens jamais dessus. 


Eric Gerets m’a surpris par sa gentillesse, sa rigueur et sa bonté


Nous suivons l’actualité du Standard de Liège aussi. Que pouvez-vous nous dire sur Eric Gerets ? 

Quand j’ai signé à Marseille, j’avais une appréhension sur la Ligue 1, le club. Je me suis dit qu’on m’enverrait en CFA direct. Mais Eric Gerets m’a rassuré et m’a dit de me battre à l’entrainement. Il m’a vraiment surpris par sa gentillesse, sa rigueur et sa bonté. J’arrivais de Ligue 2 et il m’a mis dans le bain. Je lui en serais éternellement reconnaissant. 


J’étais allé voir Didier Deschamps en début de saison car j’avais peur de ne pas jouer et finalement, j’ai joué plus de trente matchs avec lui. 


Et puis Didier Deschamps …

J’ai plus joué avec Didier Deschamps qu’aves tous les autres entraîneurs. Il aime les combattants et j’ai joué à tous les postes. J’étais allé le voir en début de saison car j’avais peur de ne pas jouer et finalement, j’ai joué plus de trente matchs avec lui. 


Après votre victoire à Caen par un but de Gouffran, nous étions vraiment dégoûtés. 


Qu’est-ce que vous inspire ce Bordeaux-Marseille ? 

Je me rappelle du championnat où nous perdons le championnat sur la dernière journée où vous gagnez à Caen par un but de Gouffran. Nous étions vraiment dégoûtés. A la fin des années 2000, c’était une vraie rivalité entre Bordeaux et Marseille. Ces deux équipes avaient beaucoup de potentiel. Cela n’enlève rien à aujourd’hui mais c’était très fort. Quand Deschamps est arrivé, Souleymane Diawara nous a beaucoup aidé pour le titre en 2010. Souley m’a beaucoup appris, c’est quelqu’un de vrai et sincère. Il t’aime ou pas mais c’est quelqu’un de bon, il a un grand coeur et du talent. Et c’est de plus en plus rare. Lui, il ne perd pas le contact. Je me souviens que vous étiez venu faire match nul chez nous et Souley avait failli casser le pied de Mamadou Niang, c’était chaud et Souley dit à Mamad’ que sur le terrain, il n’y a pas d’amis. Mais après, c’est un super mec.


Lucho Gonzalez était le premier arrivé et le dernier parti à la Commanderie. 


Lucho Gonzalez était aussi un grand technicien. Vous vous en souvenez bien, j’imagine…

Lucho était un vrai professionnel. Il arrivait le premier et partait le dernier à la Commanderie. D’ailleurs, grâce à son hygiène de vie, il continue encore à jouer. C’était quelqu’un d’adorable. Il donnait le maté. Il était sans mauvaise foi. J’étais à côté de lui dans le vestiaire, son talent et son caractère généreux m’ont vraiment marqué. 


Villas Boas a une grande confiance en lui et sait la transmettre aux joueurs


Vous avez joué en Russie et rencontré Villas Boas. Que pouvez-vous nous dire sur lui ? 

Villas Boas a confiance en son travail. Il a beaucoup de qualités et il transmet cette confiance. Regardez ce qu’il a fait avec Amavi. Il l’a soutenu coûte que coûte. Tous les joueurs traversent des moments difficiles. Les 3/4 des entraîneurs auraient acheter un autre joueur mais lui, il l’a relancé. Même quand les supporteurs le sifflaient, il a soutenu. J’aime bien ce genre de coach. 


Il faut laisser libre Samuel Kalu sur le terrain 


Vous êtes arrivé en Europe directement depuis un club du Burkina sans passer par un centre de formation professionnel comme Samuel Kalu. Comment expliquez-vous son irrégularité chez les Girondins alors qu’il flambait avec La Gantoise ? 

C’est une question d’adaptation et de gestion. Gérer quelqu’un humainement, le mettre en confiance. Dès que je le vois, il essaie de créer des situations mais il n’est pas libéré. Sache que les joueurs africains quand il y a trop d’exigences du genre « place toi ici, fais ci, fais ça » alors qu’il faut leur dire de jouer comme ils le sentent. Ce joueur, il faut le mettre en confiance et le laisser libre. Tu vois mon premier match était contre le PSG. J’avais pas contrôlé un ballon de la première mi-temps. Je pensais que j’allais sortir, on était mené 2-0. Le coach vient me voir et me dit « je te connais, je t’ai vu à l’entrainement, je sais comment tu joues alors libère toi ». Et en deuxième mi-temps, j’ai fait des sombreros, des ailes de pigeon et tout. Je n’étais pas le même joueur, il a fallu un mot du coach. Voilà. Je suis Bordeaux souvent, je regarde aussi tous les matchs de Ligue 1. Même Amiens, Dijon, Angers que j’aime beaucoup. Je sais de quoi je parle. 


J’ai beaucoup aimé que Sousa change son système de jeu contre Nantes


Que pensez-vous des Girondins ? 

J’ai beaucoup aimé Bordeaux face à Nantes car le coach Sousa a changé son système de jeu qui à mon avis marche rarement en France. En deuxième mi-temps, Briand a marqué un beau but. Même à onze contre onze, ils ont été solides aussi. 


Si Bordeaux arrive à faire venir Lassina Traoré, le club en sortira grandi 


Lassina Traoré est suvi par les Girondins de Bordeaux. Que pouvez-vous nous dire de la pépite de l’Ajax qui est aussi votre compatriote ?

Lassina Traoré, c’est un bon petit. J’avais failli l’amener à Krasnodar. Dos au but, il est costaud, il a beaucoup de qualités. Dans les petits espaces, il est très fort. Si Bordeaux arrive à le prendre, le club en sortirait grandi. Il est jeune, il doit apprendre encore, c’est obligé. Mais il représente le futur du Burkina car moi, ce sera sûrement ma dernière CAN et peut être la Coupe du monde. On verra la suite. 


J’espère que la situation au Burkina Faso va rentrer dans l’ordre 


Qu’avez-vous envie de dire aux Burkinabés qui souffrent en ce moment ? 

Il n’y a pas que ma famille proche, tous les Burkinabés sont ma famille. J’espère que la situation va rentrer dans l’ordre rapidement. Se qualifier pour la CAN devrait apaiser les esprits. C’est un plus. Il faut le vivre pour le savoir et j’espère que les jeunes le vivront. Toutes les équipes se valent, il faut un petit plus pour aller loin. J’espère qu’on fera un bon parcours en qualifications et à la compétition. On a failli gagner en 2017 où on s’est fait éliminé au tirs au but en finale mais le retour était incroyable. 


Allez-vous continuer à jouer longtemps ? 

Non, je commence à me faire vieux. J’ai quelque ambitions pour stabiliser la famille et avoir le mieux possible. Je veux me sentir bien et être tranquille pour mon après carrière. Je vais passer mes diplômes pour faire du management mais pas agent, hein. Directeur sportif ou entraîneur des jeunes. Bref, je vais les passer et attraper les opportunités s’il y en a. Tranquillement. 


Merci Charles. 

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L'auteur

Jean-Aurel Chazeau

Fondateur Leero Sport News et juriste en herbe rêvant comme un gosse devant les passements de jambes de Roni, pense toujours qu'Edixon Perea aurait pu jouer dans un top club.

@J_AurelChz | jeanaurelchazeau.com

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