Yannick Ferrera : Itinéraire d'un surdoué

Le 27 12 2018 à 06h53

Il a été l'adjoint de Preud'Homme, entraîneur de Charleroi et du Standard, Yannick Ferrera n'oublie pas de mentionner le FC Girondins de Bordeaux

En marge du derby entre le Standard et Charleroi, Yannick Ferrera, vainqueur de la Coupe de Belgique en 2016 a pris le temps d'évoquer la vraie fausse venue de Preud'Homme à Bordeaux, ses préceptes de jeu et son envie folle de relever des challenges. Itinéraire d'un surdoué du football.


Bonjour M.Ferrera, merci pour votre disponibilité à la veille de ce choc entre Charleroi et le Standard que vous connaissez bien. Que retenez-vous de votre première expérience en tant que numéro un à Charleroi ? 

Avec plaisir.

La chose principale que je retiens de ma première expérience d'entraîneur (j'avais 31 ans) est que malgré les réticences, tant internes qu'externes, malgré les doutes de beaucoup d'observateurs, j'étais bel et bien prêt. Non pas encore à mon meilleur niveau, mais suffisamment prêt pour atteindre l'objectif de maintien formulé par la Direction.

L'équipe venait de monter de D2 et avait déjà entamé la préparation d'avant-saison depuis 4 semaines lorsque j'ai été engagé. Finalement, après seulement 25 journées de championnat, nous étions assurés du maintien en 1ère Division. Après cela, suite à un différend avec la Direction du club, j'ai démissionné. 



Nous sommes implantés à Bordeaux où Michel Preud'Homme possède un pied à terre ici. Il y a un an jour pour jour, il avait failli signer en Gironde. Qu'en aviez-vous pensé à l'époque ? Avez-vous été contacté par Michel pour potentiellement rejoindre la France ?

Je me suis dit à l'époque que ce défi pourrait être taillé pour lui. Pouvoir combiner une vie sportive avec une vie personnelle équilibrée est un élément très important pour un entraîneur. Michel ne m'a pas contacté à l'époque.

 

"Bordeaux était un défi taillé pour Preud'Homme"


Aujourd'hui, Preud'Homme est entraîneur de l'équipe une du Standard avec qui vous avez remporté une Coupe de Belgique. Quelle aura a le club en Belgique et comment se sent-on à la tête de ce club ? 

Le Standard est et reste un des 3 grands clubs belges (avec Anderlecht et Bruges). Lorsqu'on en est l'entraîneur principal, les attentes sont bien entendu plus élevées que dans un club plus modeste, mais cela n'a jamais été un frein à mon travail. J'ai toujours été extrêmement motivé et malgré énormément de remous en interne, l'entente avec les joueurs était parfaite. Ensemble, on a remporté une Coupe de Belgique, ce qui nous a qualifié directement pour la phase de poules de l'Europa League.



Pourriez-vous évoquer les préceptes de jeu de Michel Preud'Homme ? Sont-il similaires aux vôtres ?

Cela fait maintenant depuis 2012 que je n'ai plus travaillé avec Michel. Lorsque l'on s'est connu, je n'étais pas encore entraîneur principal, donc j'ai ouvert grand mes yeux et mes oreilles, je n'ai pas trop ouvert ma bouche et j'ai beaucoup appris.

La force principale de Michel se situe selon moi dans le fait qu'il arrive à faire en sorte que tout le monde au sein du club aille dans la même direction. C'est une condition sine qua non à la réussite. Sans cela, vous pouvez gagner des matches, mais pas un titre. C'est surtout sur cet aspect-là que j'ai mis l'accent lors de mon titre de champion de D2 belge avec Saint-Trond en 2015. 


Bordeaux semble de plus en plus intéressé par le marché belge. Kalu a signé provenant de Gent, Lerager de Zulte Waregem et on parle de Simen Juklerød dont Ariel Jacobs nous en a dit que du bien. Quel est votre avis sur ce dernier ? La France pourrait lui convenir selon vous ?

Le championnat belge regorge de joueurs talentueux. Soyons honnêtes, la plupart des bons joueurs évoluant ici voient, à raison, la Belgique comme une étape. Nous avons une compétition idéale pour permettre à certains joueurs de se préparer à un meilleur championnat. Des joueurs venant d'Afrique, d'Amérique du Sud, des pays de l'est ou des pays nordiques (par exemple Izquierdo, Milinkovic-Savic, Kolo et Yaya Touré...) utilisent donc notre pays comme un tremplin pour débarquer plus tard dans des championnats tels la Premier League, la Serie A, la Liga, la Ligue 1, la Budesliga etc... Cette démarche est également valable pour nos jeunes joueurs belges (par exemple Tielemans, les frères Lukaku, Batshuayi, De Bruyne...).




Vous semblez être un surdoué du football, vous avez réussi partout où vous êtes passé. Quelle est votre vision du club aujourd'hui ? Y-a-t-il un club en France qui vous fait rêver et pourquoi ?

Partout où je suis passé, le dénominateur commun à la réussite a été l'état d'esprit. Quand les joueurs acceptent que l'équipe et le club sont plus grands qu'eux, quand les joueurs mettent leur ego de côté pour servir une cause commune, quand les joueurs sont prêts à se faire violence et à aller au feu l'un pour l'autre, alors il y a victoire au bout du chemin.

Bien que la tactique me passionne et bien que je sois considéré en Belgique comme un tacticien, celle-ci n'est que secondaire. Tout le monde peut être au top tactiquement ou physiquement, mais qui est prêt à aller au feu pour servir une cause plus grande que lui?

Plusieurs clubs français me font rêver. Mais quels que soient le niveau ou les couleurs du club, le plus important pour un coach comme moi est d'être placé dans un projet sportif ambitieux et non dans du court-terme. Donc on ne me reverra sur un banc que lorsque j'aurai la chance de rencontrer des dirigeants qui veulent bâtir quelque chose de solide et qui partagent les mêmes valeurs que moi. Je parle couramment 5 langues, donc je peux m'adapter dans presque n'importe quel pays.


Merci beaucoup M.Ferrera.


C'était un plaisir ! 


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L'auteur

Jean-Aurel Chazeau

Fondateur Leero Sport News et juriste en herbe rêvant comme un gosse devant les passements de jambes de Roni, pense toujours qu'Edixon Perea aurait pu jouer dans un top club.

@J_AurelChz | jeanaurelchazeau.com

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