Standard de Liège // Girondins : " Mangala pourrait donner une formidable impulsion à votre projet"

Le 12 04 2019 à 10h49

Pour Leero Sport News, Mohamed Sarr, pilier des Rouches évoque la formation au Sénégal, le Standard et les Girondins

Mohamed Sarr est l’un des défenseurs les plus combattifs et véloces ayant côtoyé la Jupiler Pro League. Passé par le grand Milan AC du début des années 2000, il s’est installé comme un référence à son poste au Standard de Liège avec qui il a remporté de nombreux trophées. Pour le match historique entre les Rouches et les Mauves, il a répondu à nos questions sans détour. 


Bonjour Mohamed, que devenez-vous ? 

J’essaie de mettre en place des choses au pays et d’offrir aux gamins ce que j’ai reçu personnellement. Je souhaite travailler avec les clubs européens pour leur donner aussi une chance. Il y a d’autres initiatives comme le projet Diambars mais le Sénégal est très grand et les volontés ne sont pas de trop pour faire en sorte de détecter les meilleurs joueurs au Sénégal. Pour moi, c’est le meilleur moyen de servir mon pays. C’est de transmettre ce qu’on m’a donné. On peut faire de belles choses. On a les bons joueurs, on commence à avoir les structures, on bâtit des stades, il nous manque une CAN. Chez nous, l’Etat ne peut pas tout faire. C’est rare de voir les clubs sénégalais dans le dernier carré de la Ligue des Champions africaine. Mais pour cela, c’est à nous, anciens, d’organiser le football professionnel. Les choses sont plus faciles pour nous mais c’est un travail de tout le monde pour obtenir un résultat. 



Cela te surprend de voir plusieurs clubs européens venir piocher en Afrique autant voire plus que les clubs français ? 

Non, car la qualité intéresse tout le monde tu sais. Les joueurs sont bons et moins chers. Là, où tu dois prendre un brésilien à 10 millions d’euros, ici, tu as une équipe. C’est le plan économique, c’est comme ça. Avec les règles de la FIFA, tu ne peux plus amener des jeunes joueurs donc ça change les choses. Avant d’arriver dans des grands championnats, ils font leurs armes dans des ligues un peu secondaires qui ont accès à l’Europa League et ça fait le lien. Mais pour te donner un avis, un joueur qui joue au Tout Puissant Mazembe a plus de chance d’être directement transféré en France qu’un autre qui vient d’une académie ici. C’est une question de référence et d’argent aussi, les clubs ne veulent pas se tromper. C’est à nous, anciens, de travailler pour que nos clubs sénégalais émergent sur le continent. Mais chacun est libre de trouver des partenariats, des représentants etc.. C’est une question complexe. 



Sabaly suivi par le Napoli et Fulham, cela t’étonne ? 

C’est un très bon joueur. Je pense qu’il peut réussir là-bas car il est généreux dans l’effort. Mais le problème de Youssouf, ce sont ses blessures mais quand il est en forme, je n’ai pas peur pour lui. Pourquoi pas l’Angleterre car son jeu est plus adapté selon moi. Après sa Coupe du Monde, il mérite ce genre de transfert en effet. 


Tu as connu au Milan AC, Ibrahim Ba. As-tu une anecdote avec lui et cette équipe plus largement ? 

Ibou c’est un grand frère. Cela fait longtemps que je n’ai pas eu de ses nouvelles. J’ai eu la chance de côtoyer le plus grand club de l’époque même si je ne suis pas resté longtemps. C’est un club que je garderai toujours dans mon coeur. Encore aujourd’hui, quand je demande quelque chose, on me l’envoie. De Ibou, les gens disaient qu’il ne parlait pas Wolof. A la salle de musculation, à mon arrivée, il me regarde et il me dit en Wolof « à partir de maintenant, ton grand frère est là ». J’ai été rassuré et heureux d’entendre ma langue. Il a été un mec exceptionnel, il a été mon grand frère même à l’entraînement. C’était mon ange gardien, je pouvais rentrer dans certain joueurs grâce à lui, c’était un protecteur avec moi. Je suis vraiment impatient de le revoir. 



Tu as rayonné avec le Standard, comment expliques-tu cette formidable dynamique ? 

On est bien tombé je pense. Dans le football, il faut arriver dans une bonne période. Je suis arrivé petit et je suis reparti grand. Au début, j’étais arrivé comme 4eme défenseur dans l’équipe. J’ai donné une interview avec un journaliste qui s’appelait Didier et je lui dis que cette année on va gagner le titre, et il me regarde comme si j’étais fou. Après quand on a gagné, on en a ri. Il y avait un bon président, un bon coach, des bons choix. Mais rien n’était acquis, beaucoup de sacrifices et on a réussi à gagner des titres. J’ai connu des joueurs qui ont fait de belles choses au niveau international comme Benteke, Dieumerci Mbobani et Jovanovic, des phénomènes. Mais au niveau européen, c’est dommage que certains soient partis car on avait une place à mon avis en Europe à défendre. Ce que je retiens, c’est l’excellente mentalité de l’équipe. 



Eliaquim Mangala est suivi par pas mal de clubs dont Bordeaux qui le drague avec insistance. Qu’en penses-tu ? 

C’est mon jeune frère, il a grandi entre mes mains en tant que personne à Liège. Un garçon adorable même si on ne s’est pas revu depuis un moment. Mais le connaissant, il continue à bosser comme un fou. Pour moi, il a 28 ans, il a prouvé avec Porto et il peut donner énormément à Bordeaux et donner une formidable impulsion à votre projet. Et puis, j’ai failli jouer avec Paulo Sousa à Videoton, c’est une bonne personne d’après mes échos. Je suis enthousiaste pour vous. Si je fais la somme entre le sérieux qui se dégage de plus en plus des Girondins et puis l’envie de Eliaquim, cela peut coller. Pour moi, il a encore dix ans au plus haut niveau et je serai toujours là pour lui. 



Le Standard peut-il aller chercher le titre cette année ? 

C’est une bonne équipe mais il manque 2-3 choses pour les plays-off car le système est un peu particulier en Belgique. Là-bas, c’est l’équipe qui fait le meilleur finish qui gagne. Si c’est un championnat continu, tu dois être bon du début à la fin. Pour le Standard, cela dépend aussi des équipes autour. Avec l’engouement du public, ça peut te pousser à aller chercher des titres. Quand tu gagnes sans bien jouer, c’est qu’il y a quelque chose. Ils ont fait un faux pas contre Bruges mais ce n’est pas grave. Il faut enchaîner contre Anderlecht et voir ce qu’il va se passer et croire en soi. Une qualification en Champion’s League serait pas mal pour eux. 



Olivier Dacourt que tu as connu à Liège a fait un reportage sur le racisme en Italie. Quel est ton avis là-dessus ? 

Toute ma carrière on m’a posé cette question. Tu veux savoir ? Ces gens là ne changeront pas. En Angleterre, ou tout au Nord, ils n’ont pas de problèmes avec les « blacks ». Et ce sont ceux qui sont le plus proches géographiquement qui ont des problèmes avec nous. Je me souviens que j’arrêtais pas d’être insulté sur le terrain et je me disais qu’en fait j’étais dangereux pour eux. Il faut les zapper et ne plus les calculer. Le terrain de foot et le stade sont des endroits de sérénité. Tu vois, leur laisser la parole, à des imbéciles pareils, ça va servir à rien. Ils vont continuer à insulter ! Je n’ai plus de mot pour ces gens là. Tu vois l’histoire du petit jeune de la Juventus, j’ai dit à ma femme, « tu vois avant la fin de la saison ils vont l’insulter ». Prends l’exemple de Sané de ManCity, le gamin a grandi ici en Europe, qu’est ce que tu vas lui dire « rentre chez toi » ? Il ne connait que l’Europe ! C’est absurde ! La couleur n’a plus d’importance aujourd’hui. Au Sénégal, il y a des personnes de couleur blanche qui ont des passeports sénégalais et alors ? C’est le monde qui tourne, il n’y a plus de frontière. Thuram a lutté toute sa vie contre ces gens, dis lui de ma part qu’il faut passer à autre chose, il perd son temps face à ces gens. Il ne faut pas leur donner d’importance, je dis juste ça. 



Je suis à Bordeaux, quel est ton avis sur les Girondins de Bordeaux ? 

Quand j’étais tout gamin, ça a été une grande équipe qui tenait tête à l’Olympique de Marseille à l’époque. On a toujours en mémoire ces années Bez-Tapie. Et puis, c’est une superbe ville où j’ai eu l’occasion de venir. C’est une ville de football qui mérite d’avoir une grande équipe. J’espère que l’investisseur fera de belles choses, car on ne va pas se voiler la face, il faut de l’argent pour avoir une grande équipe. J’espère que vous retrouverez les sommets. 


Merci Mohamed ! 

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L'auteur

Jean-Aurel Chazeau

Fondateur Leero Sport News et juriste en herbe rêvant comme un gosse devant les passements de jambes de Roni, pense toujours qu'Edixon Perea aurait pu jouer dans un top club.

@J_AurelChz | jeanaurelchazeau.com

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