Gerard Van der Lem : "Je ne suis pas surpris de voir les Girondins intéressés par Ekkelenkamp"

Le 28 04 2019 à 19h16

Dans un entretien exclusif, Gerard Van der Lem, ancien adjoint de Van Gaal à l'Ajax et au Barça nous dévoile les coulisses du club hollandais, du football total et des Girondins de Bordeaux

Gerard Van der Lem, adjoint de Louis Van Gaal en 1995 lors de la Ligue des Champions remportée par l’Ajax et à Barcelone revient sur presque 30 années de travail à Amsterdam, ce club qu’il chérit depuis son enfance. Retiré des terrains, il n’en demeure pas moins disponible pour tout club voulant faire évoluer son centre de formation et sa philosophie de jeu. 


Comment vous sentez-vous avec qualification de l’Ajax pour les demi-finale de Ligue des Champions ? 

Tu sais, je suis devenu membre de l’Ajax aux alentours de 1963, j’avais dix ans environ, je jouais depuis mes 6 ans alors je te laisse imaginer. Nous devions prendre le train pour arriver au stade, et j’ai intégré le staff en 1990 avec la même ferveur et la même passion trente ans après. Aujourd’hui encore, je les aide de temps en temps, c’est très amusant, je crois pouvoir dire que seuls les grands clubs sont capables de tels engouements, un peu comme Marseille chez vous. Aujourd’hui, c’est encore plus vrai du fait qu’ils n’ont pas le budget des cadors européens du fait des droits de l’Eredivisie qui ne sont pas aussi élevés. Le club est donc obligé de miser sur la formation de jeunes joueurs et la culture club.



Gerard, vous parlez de philosophie de jeu. Qu’est ce qui fait le coeur de l’Ajax depuis tant d’années ? Est-ce que cela a évolué selon vous ? Nous avons eu quelques exemples de joueurs notables comme Witschge, Musampa et Olsen ici à Bordeaux …

Dans l’idée de l’Ajax, dans son approche du travail, pas grand chose n’a changé. Nous avons tout d’abord constitué de gros partenariats avec d’autres clubs hollandais. Ce qui fait que l’Ajax n’est pas seulement l’Ajax mais la forêt est beaucoup plus vaste derrière nous. Les joueurs que tu as évoqué ; les Musampa mais a fortiori, Kluivert, Davids, c’était une équipe avec qui je passais 5-6 fois par semaine avec l’équipe B et quand Louis (Van Gaal) m’a demandé des joueurs, c’est tout naturellement que je suis allé les chercher dans la réserve car le schéma de jeu et la philosophie étaient les mêmes de la B à l’équipe première.



On a l’impression que le scouting est très présent au club depuis longtemps. Pouvez-vous nous en dire plus ? 

La personne qui est en charge du scouting maintenant au club est Michel Doesburg, on s’est connu à Harleem. A cette époque, c’était une bonne équipe en Hollande et il est parti ensuite en Ecosse où il a fini sa carrière et c’est après qu’il est devenu scout pour l’AZ Alkmaar. Il est vraiment excellent dans le Youth scouting. Mais nous avons des recruteurs et des yeux partout en Hollande. Mais plus que ça, les anciens prennent le relais. Par exemple, Litmanen nous rapporte ce qui se fait de bien en Finlande etc…A mon époque, ces cellules au plan européen n’étaient pas développées comme aujourd’hui, mais à mon époque, c’était surtout dans tout le pays que nous ratissions à la recherche d’un joueur capable d’intégrer au mieux notre culture. En fait, quand ils arrivaient au club, malgré leur bagage technique, on leur réapprenait tout, à notre manière. Et déjà ce qui était très important pour nous à l’époque, c’était qu’ils réussissent leurs études avant d’être de bons footballeurs. Parfois même, nous avons laissé partir des joueurs car ils ne travaillaient pas à l’école malgré leur bon niveau technique. Si tu viens à l’Ajax, il faut les deux, être bon à l’école et sur le terrain et si tu as besoin d’aide, on va t’épauler au maximum. Maintenant, tout cela a bien évolué car nous avons des cellules de recrutement de jeunes en Amérique du sud, aux USA etc…Mais on ne recherche pas de joueurs pour forcément spéculer mais surtout pour renforcer l’équipe exactement là où elle en a besoin. Par exemple, si on voit un super ailier gauche et qu’on en a déjà deux, on va s’abstenir. Le club met le paquet sur les jeunes du Danemark, de Norvège, de République tchèque…mais malgré cela, nous pensons que notre bonheur est autour de nous aux Pays-Bas.



Cette saison, vous avez déjà signé Razvan Marin et vous lorgnez beaucoup Robert Skov du FC Copenhague. On a l’impression que vous avez toujours un temps d’avance dans les négociations, pourquoi ? 

Tu as raison, ce sont des joueurs de qualité mais pour te donner un exemple, nous avons eu Litmanen avant tout le monde, Ibrahimovic aussi, Suarez, et je pourrais faire une longue liste. Quand nous sommes allés voir Zlatan en Suède, nous l’avons convaincu que chez nous il allait s’épanouir, se préparer pour le très haut niveau et qu’il aurait le temps. Si Zlatan était allé en Angleterre, il aurait gagné de l’argent mais crois moi, il aurait ciré le banc car c’est un joueur sur qui il fallait avoir une attention particulière, être attentif et croire en lui. Nous sommes aussi en contact permanent avec la famille car l’Ajax est une famille.



Que pensez-vous du modèle de formation à la française ? 

Les Français ont toujours eu de bons joueurs. Je ne sais pas comment vous travaillez dans les détails car on doit être présent pour pouvoir vraiment juger. Mais souvent les joueurs chez vous font de mauvais choix de carrière, mais aussi autour de l’entraînement, quand c’est terminé, tout le monde rentre chez soi sans débriefing, sans rester une demi heure de plus au club. A l’Ajax, nous faisons tout pour être efficace. Par exemple, puisque tu me parles de la France, je me souviens d’un déplacement en Champions League contre Auxerre. Tu vois, ce club a toujours vu de bons joueurs sortir car le club à l’époque avait un peu de cette philosophie. Pourtant vous avez plus de joueurs que nous en termes de nombre mais j’imagine que les difficultés sont autres.