Anna Signeul "Amandine Henry est ma joueuse favorite"

Le 22 06 2019 à 21h18

Pour Leero Sport News, Anna Signeul, sélectionneuse de la Finlande, s'est confiée avant le 1/8e de finale entre la France et le Brésil #WWC2019

A la veille du 1/8e de finale entre la France et le Brésil, Anna Signeul, sélectionneuse de l’équipe de Finlande revient sur son brillant parcours et évoque l’actualité du football féminin. 



Merci Anna de nous accorder ces quelques minutes. On a l’impression que la Finlande n’a pas suivi le train imposé par la Suède et la Norvège. Partagez-vous ce ressenti ? 

Et bien, il faut dire aussi que la Finlande n’a jamais réussi à se qualifier pour une phase finale de Coupe du monde tandis que les pays que vous venez de mentionner ont non seulement participé mais ont aussi remporté la compétition. Il y a une tradition populaire avec le football féminin et une école qui sort des tops players régulièrement. Ils ont aussi de bons championnats sur lesquels s’appuyer. Si vous avez un championnat fort, cela vous change le visage de votre équipe nationale. Les staffs aussi ont une grosse expérience et cela fait la différence aussi. 



Vous avez entraîné l’Ecosse pendant plus de dix ans, il me semble en emmenant l’équipe dans le top 20 FIFA des meilleures nations du football féminin. Peut-on dire que vous êtes une bâtisseuse ? 

Non je ne dirais pas ça en tant que tel. Construire et performer sont liés l’un à l’autre. C’est un ensemble. Bien sûr qu’il faut des fondations solides, mais la performance fait aussi partie du haut niveau. On n’atteint pas un top 20 juste en voulant juste bâtir, il faut une envie énorme d’être meilleur. 


J’imagine que vous suivez la Coupe du monde actuellement en France. Que pensez-vous des performances de l’équipe de France ? 

Je pense que les filles font un super boulot. Vous avez une équipe unie avec un bon ratio entre l’expérience et la jeunesse. Ce n’est pas non plus le talent qui vous manque puisque à chaque ligne, l’Equipe de France possède ce qui se fait de mieux. Les équipes comme l’Olympique Lyonnais, le PSG et d’autres favorisent l’éclosion de l’équipe nationale. Pour moi, c’est l’une des clés du succès d’une équipe nationale. C’est d’avoir des locomotives, des porte-drapeaux dans les championnats domestiques. On le voit, il y a dix ans, il n’y avait que l’OL et maintenant, vous avez une D1 avec 4-5 clubs de niveau comparable. La réussite dans une compétition aussi prestigieuse que la Coupe du monde vient de beaucoup plus loin que la simple compétition en elle-même. C’est l’agencement de beaucoup de facteurs, de détails qui font que les performances sont au rendez-vous. 



Vous évoquiez le développement sur le long terme, on a l’impression que la Liga suit ce modèle. Qu’en pensez-vous ? 

Oui, bien sûr. Les Espagnols ont compris l’importance d’avoir un championnat fort pour avoir une bonne Roja. Il faut de la constance même dans l’environnement. Par exemple, le championnat se professionnalise de plus en plus. A mon avis, on va rapidement voir l’Espagne arriver sur le toit de l’Europe parce que je le répète, avoir un top championnat, c’est la base pour performer à l’international. 


Avez-vous une joueuse favorite ? 

Oui bien sûr, Amandine Henry. C’est la meilleure pour moi. Elle sait s’adapter à n’importe quelle situation, elle est très versatile et sait tout faire du ballon. Elle a une grande lecture du jeu. Ses passes sont précises et ses frappes font souvent mouche. Déjà à la dernière coupe du monde et puis, ce n’est pas une surprise car à Lyon, elle fait de grandes saisons. Je lui souhaite donc le meilleur pour cette compétition. 


Serait-ce un rêve pour vous d’entraîner un jour en D1 française ? 

(rires) Ce serait un challenge très excitant. J’ai longtemps formé des joueuses en semi-professionnel et être dans une structure à 100% professionnelle serait fantastique. Cela induit forcément aussi être au contact des meilleures et je ne connais pas beaucoup de coach qui refuserait cela. 



Corinne Diacre a entraîné les hommes à Clermont. Cela vous tenterait de coacher les masculins aussi ? 

Il faudrait d’abord un travail d’adaptation mais si les hommes entraînent les femmes, je ne vois pas pourquoi ce serait différent. Cependant, si on parle de football, l’approche serait quand même différente. Ce n’est pas seulement cloisonner hommes/femmes. Pour être bon, il faut un sacré savoir-faire et une grande connaissance de l’environnement autour et de qui on a sous ses ordres. 


On évoque des audiences incroyables pour la Coupe du monde en France. Quelle est votre opinion sur le football business qui s’introduit chez les féminines ? 

C’est simple, si vous voulez développer un domaine ou avoir les meilleures joueuses, il faut être pragmatique, il vous faut de l’argent. Il faut que le football féminin continue de se développer, de se professionnaliser. En France, vous êtes gâtés car il y a de plus en plus d’argent et vos clubs sont de plus en plus structurés. L’Olympique Lyonnais a lancé le train du professionnalisme mais ce n’est pas le cas partout et je sais de quoi je parle. 


Quelles sont selon vous, les plus grandes différences entre coacher l’équipe nationale ou un club ? 

Les différences sont très importantes. En club, vous pouvez travailler tous les jours tandis qu’en équipe nationale, vous avez très peu d’entrainements. Mais les deux, sont des missions fantastiques. Evoluer au plus haut niveau est un privilège et pour ma part, gagner des matchs et être dans cette mouvance de la performance est une grande opportunité. 


Qu’avez-vous envie de dire aux fans ? 

C’est incroyable de voir ce sport devenir de plus en plus populaire. Ce sont les fans qui vont faire grandir ce sport et le rendre encore plus attrayant. Sans eux, il n’y aurait pas d’intérêt et les choses stagneraient. Donc j’ai envie de leur dire « merci beaucoup » et avec leur soutien, le football féminin s’améliorera jour après jour, individuellement et collectivement ensuite. 


Merci Anna ! 



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L'auteur

Jean-Aurel Chazeau

Fondateur Leero Sport News et juriste en herbe rêvant comme un gosse devant les passements de jambes de Roni, pense toujours qu'Edixon Perea aurait pu jouer dans un top club.

@J_AurelChz | jeanaurelchazeau.com

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